CHAPITRE VII
Les navires surnaturels figurent dans les récits de bord de toutes les marines ; mais les conteurs les font évoluer presque toujours loin de la terre, en plein Océan, où l'on ne voit que le ciel et l’eau. Le Voltigeur hollandais, qui a des formes anciennes et présente une foule de particularités effrayantes ou bizarres, ne se montre qu’au large, et surtout sous les latitudes chaudes ou brumeuses, et le Grand-Chasse Foudre, le Gargantua des vaisseaux, que plusieurs veillées ne suffisent pas à décrire, navigue ordinairement sur des mers lointaines et indéterminées. Cependant les matelots du Var racontaient qu'un navire de cette espèce géante avait jadis fréquenté leurs côtes. Il s'appelait la Patte-Luzerne, et il était tellement grand que, lorsqu'il partait de Toulon, son arrière débouchait à peine de la rade, alors que son beaupré sortait du détroit de Gibraltar'. Les conteurs font maintenant sans grande conviction ces récits du gaillard d'avant, même lorsqu'il s’agit du vaisseau-fantôme, si redouté des marins d'autrefois. Cependant il y a quelques années, des pêcheurs du littoral de la Manche croyaient encore à l'apparition, à peu de distance de la côte, d’un bateau fantastique et funeste aux marins ; certains disaient avoir apercu, la nuit, le Navire errant, que l'on reconnaissait à ses feux, qui étaient rouges comme du sang et éclairaient à une grande distance; mais il ne faisait que sortir de l'eau pour s’y réengloutir aussitôt; il a été cause de bien des malheurs; mais depuis qu’un prêtre l’a exorcisé, il ne peut nuire à personne et ne reparait plus. C'était autrefois un brick de deux cents tonneaux, armé en guerre, monté par des pirates, et commandé par le capitaine Noir, qui était, disait-on, un malouin. Grâce à la protection du diable, il ne pouvait être détruit que par la pierre du malheur, Orun jour qu'il se battait contre un navire de guerre français, un malelot qui avait dans sa blague une pierre étrange ramassée sur les rochers, eut l'idée de la jeter à la mer, comme c’est l'usage