LES PILLEURS DE MER
jetéàla côte au XVI siècle ; les pêcheurs recueillirent dans leurs batéaux les naufragés, parmi lesquels se trouvaient des d: mes couvertesderiches parures ; mais suivant la tradition, ils furent tentés par les joyaux qu'elles portaient, et, après les avoir volées, ils les rejetèrent, une à une, dans les flots !. On raconte à Guernesey, qu'un noyé, dépouillé par un homme, qui l'avait ensuite abandonné sur le rivage sans lui donner la sépulture, courroucé de cette action inhumaine, lui apparut dans sa demeure : Un pêcheur qui avait été à marée basse visiter ses filets vit sur le sable un cadavre richement habillé et dont les vêtements avaient des galons d'or. Sa cupidité fut excitée et il fouilla ses poches, y prit une bourse contenant une forte somme, et retourna chez lui, pensaut que la prochaine marée emporteraitle cadavre. Mais à son retour à la maison, il vit le noyé assis auprès du feu et le regardant d'un air de reproche. Sa femme, pour qui le fantôme était invisible, s'étant aperçue de son trouble, lui fit avouer ce qu'il avait fait, Elle lui reprocha sa conduite inhumaine, et s'agenouilla, priant Dieu de lui pardonner ce péché, puis elle alla à la grève avec son mari, ils tirèrent le cadavre sur le rivage etle mirent en terre. Quand ils revinrent à la maison, le fantôme avait disparu et il ne le revirent plus jamais ?.
Le souvenir des époques assez peu éloignées de nous, où l'on dépouillail les cadavres des noyés subsiste encore sur plusieurs points du littoral breton ; mais on ne raconte pas volontiers les gestes des pilleurs. Dans la baie d’Audierne, avant de toucher à quoi que ce soit d'un corps trouvé à la côte, on lui faisait sur le front un signe mystérieux, qui peut-être élait un signe de croix ; suivant un récit des Côtesdu-Nord, une femme qui, près du cap Fréhel, allait, seule du pays, sur la grève après les naufrages, s'écriait quand elle se trouvait en présence d’un cadavre : « Ton âme à Dieu, et à moi ta dépouille! » ce qui a l'air d'une formule traditionnelle ; au Cap Sizun, une femme en retournant un noyé, disait :
Tommic beo :
Nevez maro !
Chapennic vad da ma dén!
Chaleur de vivant — nouvellement mort — bon paletot pour mon homme ! C'est ce qu'entendit le mari de celle-ci, qui voulant la déshabituer d'aller courir la nuit sur les sables, s'était couché, ayant à côté
1. Louisa Lane Clarke. Folk-Lore of Guernsey, p. 108. 2. Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 283-284.
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de lui une trique dont il la frappa à coups redoublés quand elle se pencha vers lui; au cap Fréhel, un marin s’étendit aussi près d'un paquet de varechs, et donna un vigoureux soufflet à une vieille qui s’approchait de lui, croyant avoir affaire à un noyé *.
4. H, Le Carguet, in Revue des Trad. pop., t. VI, p. 653 ; Paul Sébillot, ibid., XV, p. 601-602.
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