LES BAINS RITUELS
lever du soleil, pour y cueillir les immortelles dont elles sont couvertes, et qui, placées au-dessus de la porte des maisons, en éloignent les malélices ; mais, avant de faire cette cueillelte, ils se trempaient dans la mer, et, après s'être ainsi baignés, ils croyaient être à l'abri de toutes les maladies. Ceux qui étaient affligés de maux blancs ou de fièvres étaient persuadés qu'ils seraient bientôt guéris {.
Avant la Révolution,une coutume apparentée se pratiquait à La Ciotat, dans des circonstances assez particulières : au coup de canon qui donnait le signal d'allumer le feu de la Saint-Jean, les jeunes gens de la classe des mariniers s'élançaient à la mer et s'inondaient réciproquement, en figurant de diverses manières le baptême du Jourdain ?.
À Menton existe l'usage d'aller se laver les pieds dans la mer, le samedi saint? ; cet acte qui, en raison de l'approche de Pâques, semble une sorte de purification, n'est peut-être que la christianisation d'une pratique plus ancienne.
Les animaux ont été baignés dans la mer sur plusieurs points du liltoral méditerranéen : aux Saintes-Maries de la Mer, on y faisait entrer les chevaux le jour de la Saint-Jean, pour qu'ils ne fussent pas atteints par la gale“. Actuellement on n'y observe plus guère cette coutume, qui à aussi élé usitée à La Nouvelle (Aude) et à Banyuls (Pyrénées-Orientales), et elle tend de plus en plus à disparaître. Le bain rituel des chevaux était aussi en usage autrefois sur tout le pourtour de la baie d’Audierne, dans le Finistère ; il avait lieu au moment des grandes fêtes, et dans l'après-midi, el l'on était persuadé que le propriétaire qui n'aurait pas fail entrer ses chevaux dans la mer n'aurait pas tardé à éprouver quelque disgrâce, pour lui ou pour ses bêtes‘.
En Bretagne et dans le Pas-de-Calais, lorsqu'on lavait les veux malades avec de l'eau de mer, l'ablution, pour être efficace, devait être renouvelée sept ou huit fois de suite, le matin avant le soleil levant, et Le soir après le crépuscule‘.
Nous savons par des passages d’Horace et de Martial que des gens échappés au naufrage suspendaient aux murailles du temple leurs vêtements imbibés d’eau de mer.
. Gaston Constant, in Rev. des Trad pop.,t. XVI, p. 361.
. Comte de Villeneuve. Séat. des Bouches-du-Rhône, t. 11, p. 224. . d.-B. Andrews, in Rev. des Trad, pop., t. IX, p. 215.
. Comte de Villeneuve, L. c.
. Gaston Jourdanne, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 631.
. H. Le Carguet, ibid., t. XVII, p. 11.
. Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. 11, p. 96.
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OBSERVANCÉS ET VESTIGÉS DE CULTE
,. Me tabula sacer Votiva paries indicat uvida Suspendisse potenti Vestimenta maris Deo‘.
S'il en faut croire Chateaubriand, qui n’est pas toujours un modèle d’exactitude, et qui a peut-être mêlé à ses souvenirs d'enfance des réminiscences classiques, cette antique offrande subsistait encore vers la fin du XVIIF siècle : il raconte qu'il fut une fois spectateur d’un naufrage (à Saint-Malo). En arrivant sur la grève, les matelots dépouillèrent leurs vêtements et ne conservèrent que leurs pantalons et leurs chemises mouillés. Ils se rendirent en procession à une petite chapelle de Saint-Thomas. Le prêtre célébra la messe des naufragés, et les matelots suspendirent leurs habits trempés d'eau de mer, en exvoto, aux murs de la chapelle?.
Cet usage n’a pas été relevé ailleurs de nos jours ; mais ona constaté sur la côte du Finistère celui d’après lequel, sans doute pour être agréables à la divinité protectrice, les marins se présentent à son sanctuaire, parfois longtemps, aprés l'évènement, dans l’état où ils se trouvaient, lorsqu'ils avaient échappé à la tempête. Dans la baie d’Audierne, ils entraient dans l’eau jusqu'à la ceinture avant de faire neuf fois le tour de la chapelle de Sainte Evette de Plozevet, et ceux qui assistaient à la procession de Notre-Dame de Plogoff se jetaient auparavant dans la mer*.
Des espèces de baptêmes, administrés à l'embouchure des fleuves, ont subsisté jusqu'après la première moitié du XIX° siècle. Les bateliers qui conduisaient les voyageurs de Dinan à Saint-Malo exigeaient ce petit tribut, et voici quelques-uns des moyens assez plaisants qu’ils employaient vers 1815, pour reconnaitre ceux qui, faisant ce trajet pour la première fois, y étaient soumis, suivant l'antique coutume : Sur les balustrades du jardin du Mont-Marin, il v avait des statues sur leur piédestal, qui, de loin, avaient l'apparence de religieuses à la promenade. Lorsqu'on descendait la Rance, les bateliers ne manquaient guère de huer ces prétendues nonnes, sous prétexte qu elles cédaient à la curiosité de voir les passants, plutôtque de rester dans leur cloître à réciter des oraisons. Ceux qui n'avaient point encore passé regardaient avec étonnement, et s'informaient s'il y avait vraiment à cet endroit un couvent. Cela