‹ Le folk-lore de FranceChapitre 113 sur 403 · Paul Sébillot, Légendes de la Mer, t. I, p. 81 et suiv · texte numérisé non relu

Paul Sébillot, Légendes de la Mer, t. I, p. 81 et suiv

2. G. Le Calvez, in Rev. des Trad. Dop., t. I, p. 368. Ces diverses observances u'ont pas élé relevées en ce qui concerne les eaux douces.

tremper leurs doigts dans la gran’ mée salée, le royaume des cieux est à eux !. » Cependant, vers le milieu du siècle dernier, dans ce même pays de Dinan, comme aussi sur Île littoral de la Manche, la plupart des gens du peuple, avant de se baigner, mettaient un doigt dans la mer comme dans un bénitier, et faisaient ensuile un signe de croix. Les petits pêcheurs de la côle, qui n'y manquent jamais, disent que si, après cet acte, ils se noyaient, ils seraient assurés d'aller tout droit au Paradis ; ils pensent d’ailleurs qu'il les met à l'abri des accidents. Mais il semble que son efficacité se lie, comme plusieurs de ceux qui sont en rapport avec la mer, à Îa croyance qu'elle est en quelque sorte sacrée par elle-même. Naguère en Haute-Bretagne, lorsque la coque d’un bateau était terminée, on l’arrosait avec de l'eau de mer en récitant une formule traditionnelle qui n'avait rien de chrétien:

Bateau, n'aie pas peur de cette eau,

Plonge dedans comme un oiseau,

Et te relève aussitôt ;

Mais crains et fuis les rochers,

Car si tu vas les trouver

Sois sûr d'être brisé.

Cette lustration précédait souvent de plusieurs jours la cérémonie du baptême de la barque*.

On a constaté jusqu’à ces dernières années des survivances du temps où les bains et les ablutions avaient lecaractère religieux que leur attribuent encore plusieurs groupes à divers élats de civilisation. Autrefois à Banyuls (Pyrénées-Orientales) les hommes, surtout ceux d’un cerlain âge, se rendaient de grand matin au bord de la mer, le jour de la Saint-Jean, et après s être plongés dans l'eau, ils se laissaient sécher par les rayons du soleil levant. La coutume de se baigner à quelques époques déterminées n'a pris fin, dans le Roussillon, qu'après le milieu du XIX° siècle : en 1880, des gens se souvenaient encore d'avoir vu Îles hommes et les femmes retrousser leurs culottes ou leurs jupons, et se promener dans la mer le jour de la Saint-Jean*. Cet usage a existé aussi en Provence et dans l’Aude, à La Nouvelle, lors de la même fête *. Sur le littoral du golfe de la Gascogne, ces bains avaient lieu pendant la nuit qui la précède ; dans la partie basque, des gens venus de l’intérieur entraient dans la mer, hommes, femmes et enfants, en se tenant par la main; sur la côte landaise, où l'usage est en voie de disparition, les babilants des campagnes se rendaient sur les dunes, entre minuit et le

1. Paul Sébillot. Blason populaire de l'Ille-et-Vilaine, p. 2

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