‹ Le folk-lore de FranceChapitre 116 sur 403 · BÉNÉDICTION DE LA MER · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DE LA MER

devenait un prétexte pour soumettre ces passagers au droil de baptème,

dont la cérémonie était assez amusante, et le baptisé, son parrain elsa marraine payaient une petite somme aux bateliers. En sortant de la plaine de Saint-Suliac, la rivière est bordée à l’est par de hautes falaises à pic couronnées de moulins à vent. Cela fournissait encore des sujets de mystification contre les voyageurs novices ; les bateliers criaient : « Voyez ce petit étourdi qui cherche à retenir son âne par la queue! Tu choiras, Colas ! jette Les sabots à bas, etc.! »

Quinze ans plus tard, Habasque disait que les nautonniers de la Bretagne étaient encore dans l'usage de baptiser celui qui traversait pour la première fois, une rivière, un bras de mer, à moins qu'il nese rachetät pour de l’argent?. Jusque vers 1860, ce baptême était administré par le passeur à l'embouchure de l’Arguenon, et ceux qui voulaient ne pas être trop arrosés leur donnaient de quoi boire du cidre. J'ai, dans mon enfance, payé ce petit tribut.

Sur la côte sud de la Bretagne où, comme à Quiberon, des alignements sont encore en partie debout sur le rivage alors qu'on n'en voit la suite qu'à marée basse, des mégalithes submergés ont élé, pendant longtemps, l'objet d’une sorte de culte. À la fin du XVII siècle, les anciens marins disaient avoir vu au large, entre Le Guilvinec et la pointe de Penmarc'h, à quinze ou vingt pieds sous l'eau, des pierres druidiques tellement vénérées qu’on célébrait la messe au-dessus d'elles une fois chaque année. Souvestre, qui a paraphrasé et amplifié Cambry, en fail, probablement de sa seule autorité, les autels de la ville d'Is*. Vérusmor, qui essaya en vain de les découvrir, dit que les vieillards lui assurèrent tenir de leurs aïeux qu'on célébrait tous les ans une messe au-dessus d'elles dans un chasse-marée ; après l'office, le prêtre les bénissait avec un chaudron d’eau lustrale puisée dans la fontaine d’un saint. Jamais les matelots ne passaient là sans les adorer par un signe de croix, et cet usage n’était pas encore tout à fail perdu vers 1850 *.

Dans la baie de Saint-Malo, le clergé allait jadis, à l'époque des Rogations, faire une procession sur le «cimetière des marins », c'està-dire sur la mer, el il récitait des prières funèbres. Si le temps était mauvais, on se rendait seulement sur le rivage, et au retour, un service était célébré à l’église pour les gens dont la mer n'avait point rendu

1. Poignand. Antiquités historiques el monumentales de Montfort à Corseul. Rennes 1820, p. 10 et 74.

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