F.-M. Luzel. Veillées bretonnes, p
imitent l'acte de Moïse dans le désert, ou plutôt il semble, comme l'a fait remarquer Alfred Maury à propos des légendes pieuses en général, que nombre de celles de celte série ont été calquées sur la Bible. Dans plusieurs récits, le rite observé est exactement celui dont se servit le prophète hébreu, et parfois les thaumaturges le rappellent expressément dans la prière qui le précède : saint Efflam, voulant désaltérer le roi Arthur qui combattait le dragon, invoque le Seigneur en disant: « Vous qui avez octroyé de l’eau au désert à voire serviteur Moïse, vous plaise donner de l’eau à vos serviteurs ; » puis, avec son bourdon, il frappe trois fois la roche d'où jaillit la source de Toul sant Efflam'. Saint Aubert au Mont Saint-Michel, saint Guénolé à Landevennec, frappent le roc avec leur crosse pour que Îles ouvriers qui bâtissent leur monastère aient de l’eau à proximité?. Cet épisode est d'ailleurs si fréquent dans les vies des saints, que je ne rapporterais pas ceux qui suivent s'ils ne se liaient à des actes charitables, accompagnés de circonstances intéressantes. Sainte Odile, déjàcourbée par l'âge, remontait le sentier du Hohenbourg, quand elle rencontra un vieillard près d’expirer de faligue et de soif; voyant qu'elle n'aurait pas le temps d’aller chercher du secours au couvent, elle fit une fervente prière et frappa de son bâton le rocher d'où jaillit une eau abondante ?. Saint Loup, évêque de Chàlon, plein de compassion pour des moissonneurs altérés, créa de la même manière la fontaine de Saint-Loup de Varennes“. Un jour que saint Hermeland traversait l'herbage de Rabodanges, il vit des bestiaux courir çà el là, affolés par la soif; son cœur s'émul de pitié, et, ayant invoqué Dieu avec ferveur, il frappa avec son bourdon le sol aride, d’où sortit la fontaine qui porte son nom. Quand saint Martin parcourait le Bocage pour convertir les païens, il rencontra une jeune fille qui marchait d'un pas rapide, tenant de sa main une cruche debout sur son épaule ; lui ayant demandé ce qui la faisail se hâter de la sorte, elle répondit qu'elle était obligée, tous les jours, d'aller chercher de l’eau bien loin ; le saint, pour lui éviter cette longue course, frappa de son bâton un rocher qui se fendit et laissa échapper une source limpide”. Saint Cénéré, voyant passer près de son ermitage deux servantes d'un château voisin qui allaient puiser de l'eau à une fontaine assez éloignée, les pria de le débarrasser des poux qui l'incommodaient : l’une lui ril au nez el continua sa route ; l’autre répondit qu'elle lui rendrait volontiers ce service si elle n'avait peur
1. Albert Le Grand. Vies des saints de Brelagne ; Saint Efflam, $ 2.
9, Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 262; Albert Le Grand. Saint Guénolé, 8 10 ; cf. aussi S. Jaoua $ T, S. Samson $S 19, S. Josse, $ 5.