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LÉ BATON DES SAINTS

d'être en retard. Le saint la rassura, en affirmant qu'elle serait de

retour au château avant sa compagne. Dès qu'elle eut commencé sa

charitable besogne, l'ermite lui dit de cesser parce qu'il avait voulu seulement éprouver son bon cœur; il frappa le rocher auquel il était adossé, et la servante put remplir sa cruche à la source vive qui en coula aussitôt’. La fontaine Saint-Martial d'Espartignac jaillit sous Île bâton du saint auquel une femme, rencontrée près de là, avail refusé à boire. Ce bienheureux, manquant d’eau pour baptiser les habitants du Soullier, y fit sourdre de la même manière la fontaine Saint-Martial ?.

Dans les exemples qui suivent, les thaumaturges au lieu de frapper

‘simplement la terre, la percent en quelque sorte. Grégoire de Tours

rapporte un de ces miracles : Lorsque l'évêque Aredius allait en pèlerinage au tombeau de saint Julien, il se trouva dans un lieu dépourvu d'eau : ayant fait une prière, il enfonça son bâton dans le sol, et, après l'avoir tourné trois fois en rond, il le retira, et une source jaillit. Ce mouvement de tarière ne figure pas dans les autres récils, où les saints se contentent de faire une ponction dans la terre; c'est ainsi que procéda saint Loup, suivant le Discours des Antiquilez de Chälon (1581), par le P. de Saint-Julien de Balleure : eslant en sa baronnie du Boyer, il fit sortir d'une terre aride la fontaine ditte de sainct Loup, en y plantant et comme perceant la place du baston sur lequel il estoit coustumier de s'appuyer *. À Chelun, saint Roch piqua son bourdon dans le sol et en fit sourdre une fontaine intarissable, pour remercier une vieille femme qui, afin de lui donner à boire, avait été chercher de l’eau à plusieurs kilomètres de là ‘. En Bretagne, saint Roch, saint Méen, saint Viaud procurent de la même façon aux ouvriers qui Construisaient leurs chapelles, l’eau potable qu'on ne trouvait pas aux environs 5. Une ancienne vie de saint Goulven rapporte qu’au moment de la naissance de ce bienheureux, son père manquant d'eau pour le baptiser,

adressa à Dieu une fervente prière, et dès qu'il eut planté son bâlon

en terre, il jaillit une fontaine limpide que l'on voit encore en Plouiderf. Lorsque Jésus, avant de monter au Calvaire, vint en Brelagne demander la bénédiction de sa grand'mère sainte Anne, il enfonca

. Soreau et Länglais. Légendes du Maine, p. 197-203. . L. de Nussac. Les Fontaines en Limousin, p. 11. = D: Lex, le*c:; p:16:

. P. Bézier. Mégalithes de l'Ille et-Vilaine, p. 130. . Paul Sébillot. Petile légende dorée, p. 64; A. Orain. Le Folk-Lore de l'Ille-et- Vilaine, t. 1, p. 285 ; Albert Le Grand. Vies des saints de Bretagne, saint Méen, $ 6-7, saint Viaud, $ 2.

6. Vie de saint Goulven, d'après un manuscrit latin de la Bibl. Nat., in Sociélé archéologique du Finistère, t. XVII, p. 75.

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son bâton dans le sol et la source de Sainte-Anne La Palud se montra. Saint Corentin, saint Armel opérèrent des miracles semblables ?.

Un jour que saint Desle s'était égaré, il pria un pâtre de le remettre dans sa route. Celui-ci ayant répondu qu'il ne pouvait abandonner son troupeau, le saint prit la houlette du berger et la planta en terre, assurant que le bétail ne s'en écarterait pas. À son retour, le pâtre retrouva en effet son troupeau, et quand il eut arraché le bâton, il vit sortir du trou la source abondante appelée aujourd’hui fontaine Saint-Desle*. Le portier du monastère de Saint-Evroult venait de refuser l’aumône à un pauvre, parce qu'il ne restait plus qu'un demi-pain à l’abbaye, lorsque saint Evroult survint, lui reprocha son manque de charité, et l'envoya porter au mendiant le reste du pain; celui-ci enfonça son bourdon dans la terre, et lorsqu'il l'en retira il jaillit une source qui depuis n'a cessé de couler‘. Dans la vallée de la Valsérine (Ain), saint Roland fit sourdre Ja fontaine Bénite, en plaçant son bâton au milieu des cailloux°. Saint Rouin à-Resson (Meuse), saint Hodelin à Blanchemont, province de Namur, enfoncent le leur dans le sol et il en sort aussitôt une source abondante‘.

D'après une tradition, Godelive, née au château de Longfort dans le Boulonnais, avant de partir avec Bertolf, seigneur de Ghistelles, pour le château de Ghistelles, planta dans un petit bois, voisin de la demeure de son père, la quenouille dont elle se servait, et une source jaillit à l'instant même à cet endroit’.

Le miracle qui suit diffère des autres en ce que l'acte après lequel il se produit n'a pas eu pour but exprès de procurer de l’eau : un Jour de grande chaleur, le saint homme Thomas Hélie s'était assis au bas de la lande de Viville pour s’y reposer, et il avait piqué son bâton dans la Lerre : « Comme j'aisoif! » s’écria-t-il. IL voulut cependant continuer son chemin; mais en retirant son bâton, il vit sortir du trou une source à laquelle il se désaltéra”.

Au lieu de frapper simplement la terre ou le rocher avec leur bâton ou de l'y enfoncer, les saints emploient parfois, mais bien plus rarement, un outil, On raconte que saint Fiacre, passant un jour par une prairie, vit dans une mare du lin qu'on avail mis à rouir, sans prendre

1, A. Le Braz. Au pays des pardons, p. 286.

2, Albert Le Grand, L.c., Saint Corentin, $ 2, saint Armel, $ 3.

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