LE JET DU MARTEAU
Normands, Alain Barbe-Torte se réfugia sur la colline de la Hautière, près de Nantes, il implora la Vierge, et la Fontaine sainte apparut pour donner à boire à ses soldats'. L'intervention de la lance, de l'épée ou du bâton, manque aussi dans la petite légende qui suit, pourtant apparentée aux précédentes. La fontaine de Saint-Emiland jaillit miraculeusement au lieu de ce nom, près d’Autun, lorsque, en 7195, le saint et ses Bretons eurent besoin de se désaltérer pendant qu’ils combattaient les Sarrasins?.
En Alsace une fontaine sortit de terre à la suite d'une ordalie singulière, dans laquelle figure une épée. Un seigneur croyant avoir à douter de la vertu de sa femme, la conduisit dans la forétde Kastelwald et voulut s'assurer de ses sentiments au moyen d'un signe céleste : «Si le glaive que je pique dans le sol est couvert de terre lorsque je le retirerai, ta foi me sera assurée : s’il est mouillé, Lu seras coupable. » Et lorsqu'il eut piqué le glaive dans le sol, une source se mit aussitôl à couler?.
Dans la région du Centre, et principalement en Limousin, pays de saints batisseurs, plusieurs sources doivent leur origine au marteau lancé par des bienheureux. La Font de Saint-Irieis à Saint-Yriex-la-Perche (Haute-Vienne) a jailli sous celui du saint, de même que celle de saint Marloudon, dont le titulaire le jela après avoir construit la cathédrale de Tulle. La Foun de Sent-Alei à Chapelac (Haute-Vienne), la Foun de Sent-Alies à Solignae, la Foun Faure de Sent-Aloi ont été produites par le marteau de saint Eloi, la première lorsque, tout enfant, il La lança du Puy-Mirat, la colline qui domine le château de Sousrue, la deuxième quand ille jeta après avoir achevé l’église de Solignac, la troisième lorsqu'il voulut marquer sa halle à l'endroit où il avait diné*. Pendant ses voyages dans la Creuse, saint Martin n'ayant pas trouvé une goulte d'eau pour étancher sa soif, s'assit sur un rocher et jela son marteau loin de lui, en disant :
Où mon marteau s'arrêtera Fontaine y aura !
Et une source abondante se mit aussitôt à sourdre au lieu où l'instrument atteignit le sol. En Limousin, on attribue un miracle analogue à un laïque : Quand Aimar, seigneur de Tulle, eut achevé son château, il lança en l'air la truelle ou le marteau du maître maçon qui, eu tombant, donna naissance à la source dont le ruisseau se jette dans la Cor-
E. Richer. Voyage pittoresque dans la Loire-Inférieure, lettre V, p. 9. . L. Lex. Le Culte des eaux en Saône-et-Loire, p. 34. . P. Ristelhuber. Contes alsaciens, fasc. LI, p. 8.