‹ Le folk-lore de FranceChapitre 145 sur 403 · Claudius Savoye, I. c · texte numérisé non relu

Claudius Savoye, I. c

de substituer le nouveau culte à celui qu’on leur rendait autrefois. Au XV: siècle, la source guérissante des environs de Domremy s'appelait la Bonne Fontaine aux Fées Notre-Seigneur!, et l'on voit par cette F superposition, qui n'est probablement pas unique, que ces fées bienfaisantes avaient été en quelque sorte rattachées au christianisme par les paysans des environs.

D'autres sources sont dites Fontaine à la Dame ou Fontaine aux Dames, que d'assez nombreux exemples autorisent à considérer comme étant parfois synonymes de fées. Un titre de 1169 parle d’une Fontaine à la Dame près de Longefond (Indre) ; on trouve le même nom à Oulches, qui en est voisin, et dans le Bocage normand ? : à Prissac (Indre) est la Fontaine à la bonne Dame ; dans l'Orne la Fontaine aux Dames est voisine des bords de l'Iton*; à Saint-Cyr en Talmondais (Vendée) la Fontaine à la Dame s'appelait ainsi parce qu'une dame blanche y revenait autrefois la nuit *.

Ces noms supposent des légendes qui associent les fées aux fontaines, soit qu'elles les eussent créées, soit qu’elles les eussent choisies pour y résider ou pour s’ébattre auprès. Malgré tant de siècles de Christianisme, le souvenir des divinités qui présidaient aux sources est en effet loin d’être aboli ; elles se tiennent encore dans le voisinage, el même des récits de pays assez variés assurent qu’elles demeurent audessous des eaux, dans une sorte de monde souterrain, où leur résidence est aussi vaste et aussi belle qu'un château. Cette conception se rapproche des légendes du littoral qui parlent d'une merveilleuse contrée sous-marine, habitée par les fées ; mais, à la seule exception qui suit, on ne cite aucun homme qui ait pu visiter le séjour enchanté des dames des fontaines et revenir à la clarté du Jour pour le décrire : Un jeune seigneur que la fée d'une fontaine des environs de Carouge avait séduit, allait la retrouver sous les eaux, et, après une nuit d'amour, elle lui permettait de retourner à son château‘. Les fées des Pyrénées choisissent pour y demeurer les sources les plus limpides, et ce sont elles qui entretiennent la bienfaisante chaleur des eaux minérales ‘ ; en Haute-Bretagne, où les dames des fontaines étaient nombreuses avant que la malice des hommes les eût forcées à se cacher, les meilleures étaient celles qu'elles habitaient? ; à Gorbie, dans le

1. Journal parisien de 1405 à 1415, cité par Alfred Maury, L. c.

2. Laisnei de la Salle. Croyances du Centre, t. 1, p. 117; J. Lecœur, 1. c. t. II, p. 418.

3. L. Martinet.Le Berry préhistorique, p.45; Chrétien. Veillerys argentenois, MMs.

4. Marcel Baudouin, in Gazette médicale, 19 déc. 1903, d'a. B. Fillon.

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