Hipp. Sauvage. Légendes normandes, De
6. Karl des Monts. Légendes des Pyrénées, p. 262. 1. Lucie de V.-H.. in Rev. des Trad. pog., t. XVI, p. 141,
196 LES FONTAÏÎNES
Mentonnais, elles ont leur principale résidence dans les fontaines, et une fée était jadis dans une source qui aliménte le hameau de Moujan dans l’Aude*. Une des sources de la Dive (Deux-Sèvres) appelée Fontour, qui sort d'une grotle qu'elle a évidée, est le refuge des fées qui sortent la nuit s’ébattre dans la vallée, ou vont dans les villages d’alentour, tenir le fuseau de la fileuse endormie ?.
À Esquieule, on voyait de temps en temps deux Lamignac, qui sont des espèces de fées, sortir de la fontaine d’Andretho, s’asseoir sur la rive et se chauffer au soleil * ; une bergère de la région du Morvan, où les fées des fontaines sont toujours populaires, affirmait, il y a peu d'années, qu'elle avait vu une grande dame blanche descendre jusqu’à la source de la Certenue, où elle se baissa, ne semblant pas toucher terre *. En Berry, la Dame de la Font de Chancela, non moins belle que perfide, habitait cette fontaine, dont elle sortait pour aller se promener dans le Pré à la Dame, et le Champ de la Demoiselle. La nuit, on voit s'élever au-dessus de la source une gigantesque figure de femme, qui se perd dans le temps”. Cette fée était d'uné incomparable beauté : un seigneur du voisinage, qui en était tombé éperdument amoureux, parvint plusieurs fois à l'enlever, mais à peine l’avait-il placée sur son cheval, qu'elle lui fondait entre les bras, et lui laissait une impression de froid si profonde et si persistante, que toute flamme amoureuse s’éteignait à l'instant dans son cœur, et qu'il en avait pour plus d’une année sans songer à uu nouvel enlèvement. Celui qui avait le malheur de se récrier sur la trop grarde fraicheur de l’eau de cette fontaine, perdait la parole, et était condamné à aboyer tout le restant de ses joursé.
À Saint-Pôtan [Côtes-du-Nord) une fée qui se montre sous la forme d'une anguille à choisi pour sa retraite une fontaine : elle s’est conslruit au-dessous des herbes aquatiques un splendide palais. Saint Maudez, dont la statuette a longtemps occupé une niche ménagée dans le mur,n’a pu la chasser ni la faire oublier. Tout au plus s’est-elle tenue au fond tant que l’image a christianisé la source ; dès qu’elle a été enlevée, la fée a repris sa puissance. On dit maintenant que, par les beaux clairs de lune, elle élève sa lête mignonne au-dessus des eaux et fait entendre un chant mélodieux : l'homme qui oserait alors
4. J. B. Andrews, tbid, t. IX, p. 255; Gaston Jourdanne. Contribution au Folk- Lore de l'Aude, p. 18.