L'ARCHITECTURE DES FONTAINES
Cette constatation est pourtantintéressante à plus d'un point de vue, et elle sert à faire comprendre pourquoi, en beaucoup de cas, le pèlerinage est en quelque sorte double : ainsi qu'on le verra, l'acte accompli à la fontaine est fréquemment précédé ou suivi d’une dévotion au sanctuaire qui renferme la statue ou l'autel du saint auquel la source est dédiée. C'est parfois une sorte de fusion entre deux cultes, les observances au bord de la fontaine gardant des vestiges de paganisme souvent très apparents, alors que dans l’intérieur des chapelles, les pratiques sont en général plus nettement christianisées.
Il est vraisemblable que dès que les hommes furent réunis en société, ils se préoccupèrent de conserver la pureté de l'eau des sources : leur premier soin dut être d'en interdire l'accès aux animaux qui auraient pu les souiller ou les troubler ; lorsque la fontaine sortait d'une colline dont le flanc lui servait de fond, on éleva probablement des mureltes latérales, et sur le devant, on plaça une pierre, par dessous laquelle pouvait s'écouler le trop plein de l'eau, et qui, mise debôut formait une sorte de barrière contre les bestiaux. C'est encore de celte facon que sont protégées beaucoup de fontaines rurales ; plus tard on songea à les garantir des éboulements en posant, comme une sorte d'auvent, une ou plusieurs dalles au-dessus de celles qui sourdaient de lieux élevés', et une couverture analogue fut disposée sur les murettes de celles qui se trouvaient en pleine campagne, pour les empêcher de recevoir les eaux pluviales. Peut-être leurs rustiques constructeurs ménageaient-ils dans quelque endroit apparent, ou dans le fond, des niches destinées à recevoir des objets protecteurs, ou des statueltes, comme c'est encore l'usage de nos jours eu plusieurs régions. Plus tard s'élevèrent de vérilables édicules dont il reste encore quelques vestiges dans le pays éduen, notamment à Beurey-en-Auxois, où la coupole antique en pierre, après avoir été renversée et privée de l’image du génie qui y résidait, fut replacée sur des piliers, et dédiée à saint Martin?.
L'église ne se contenta pas de christianiser, quand elle ne les détruisait pas pour en boucher la fontaine, les constructions élevées au-dessus en l'honneur du génie aquatique; elle en bâtit elle-mème sur plusieurs de celles qui étaient l’objet de superstitions difficiles à déraciner.
4. La célèbre fontaine de Barenton, qui est assez ruinée, présente cette disposition, très probablement ancienne. Voir les dessins et les photographies dans Félix Bellamy. La forêt de Bréchéliant, t. II, p. 274, 280, 292.
2. J.-G. Bulliot et Thiollier. La Mission de saint Martin, p. 219-281; un dessin représente les détails de la voûte ; une figurive p. 113, placée au musée de Beaune, pere des fouilles faites à la fontaine de Premeaux ; elle est dans une sorte de niche,
Quelques-unes étaient construites avec autant de soin que les temples eux-mêmes ; au reste on à pu avec assez de raison comparer la fontaine monumentale avec son architecture, son ornementation, son saint dans une niche en face de l'entrée, à une petite chapelle édifiée sur la source comme pour rappeler le bâtiment principal dont elle occupe la place véritable, et que des raisons toutes matérielles ont contraint d'élever à quelque distance.
Dans sa curieuse monographie l’archéologue auquel nous empruntons ces lignes avait signalé l'intérêt qui s'attache à celles de ces constructions qui sont remarquables par leur importance, leur grâce ou leurs particularités iconographiques ou ornementales. Il aurait été utile d'en dresser soigneusement l'inventaire, de décrire ou de dessiner chaque édicule un peu original. Je ne crois pas que ce travail ait été fait systémaliquement pour un pays déterminé : toulefois les auteurs qui ont écrit sur la Bretagne ont relevé un cerlain nombre de ces petits édifices. On les rencontre surtout dans le Finistère, et dans la partie du Morbihan qui l’avoisine ; ils sont beaucoup moins communs dans les Côtes-du-Nord*°, surtout dans le pays de langue francaise, et en Illeet- Vilaine ils deviennent tout à fait rares #.
En dehors de la Bretagne, les auteurs qui ont écrit sur les fontaines semblent n'avoir guère pris garde à leur architecture: ni Beauchet- Filleau ni L. de Nussac ne parlent des édicules qui surmontent les sources; dans la région éduenne, celle peut-être qui, la péninsule armoricaine exceptée, ale mieux conservé le culte des fontaines, on en signale quelques-uns “; dans le Perche nogentais plusieurs fontaines