LES :‘SENTIÉRS DE LA VIERGE
de ce parcours miraculeux, des traces encore visibles, que les pêcheurs montrent et qui leur servent à expliquer des particularités dont ils ignorent la cause.
Lorsqu'il fait calme, et que la marée est à peu près haute, on remarque, surtout dans les baïes, des rubans dont l’azur plus clair se détache, avec une sorte de ton argenté, sur le bleu d’alentour. C’est comme la voie lactée de la mer, et, de même que celle de la voûte céleste, elle a tout naturellement éveillé l’idée d’un chemin merveilleux, tracé par les pas des divinités ou des saints qui, en personne ou en effigie, avaient le privilège de marcher sur les eaux.
Aux environs de Saint-Malo, lorsque ces taches apparaissent après du gros temps, on les appelle « Sentes (sentiers) de la Vierge » ; c'est la marque laissée par la mère de Dieu, qui est descendue sur les flots en furie, et est passée un peu partout pour les calmer‘.
Une autre origine des sentiers de la Vierge figure, sous une forme littéraire, dans un livre écrit sans grande préoccupation scientifique, bien qu'on y rencontre des traits dont on peut faire usage. L'auteur avait entendu conter à un prêtre le récit que voici en substance : Lors de la bataille de 1758, une dame blanche s’éleva dans l'air, sortant du vieux puits du village de l'Isle, patrie de sainte Blanche: c'était la sainte Vierge qui jusque là était restée immobile dans une petite niche creusée dans la paroi. Elle descendit sur le rivage et glissa sur les eaux ; son voile de mousseline, se déroulant sans fin, semblait la crête des dunes. Voilà pourquoi, pendant tout le combat, les Anglais tirèrent trop haut et ne firent que peu de mal aux troupes françaises. L’ineffacable sillage de sa robe est resté sur les eaux, et c’est depuis qu'il va dans ces parages de longues traïînées blanches ?. Ce gracieux épisode n'appartient pas au folk-lore ; il à été vraisemblablement fabriqué à l’aide de traits véritablement populaires, commela marche sur les eaux des statues, et d’un récit que les vieillards faisaient autrefois sans y mêler aucune intervention surnaturelle: Le jour de la bataille de 1758, un brouillard très bas se leva entre les vaisseaux et la terre, produisant une espèce de mirage que les Anglais prirent pour la crête des dunes, et c'est pour cela que les canonniers visèrent trop haut5. A Audierne, on donne le nom de chenal de la Vierge à un ruban plus clair qui se détache parfois très nettement sur l’azur ; mais on ne dit rien de son origine !.
Les pêcheurs de la baie de Saint-Cast rattachent, le plus souvent, ces