‹ Le folk-lore de FranceChapitre 181 sur 403 · L'AMOUR · texte numérisé non relu

L'AMOUR

propriété de rendre les amoureux constants, et l’on prétend que les jeunes filles du pays font encore boire son eau aux garçons; mais il est de toute nécessité que ceux-ci ignorent d'où elle provient. C’est une fée qui l’a ainsi douée, en souvenir des serments d'amour qu’elle échangea sur ses bords avec le prince qui habitait le château‘. A Taden, dans la banlieue de Dinan, est une fontaine, où les amants, pour se rester toujours fidèles, vont boire ensemble. Les garçons qui désirent se marier, après avoir mis une épingle au rocher de Saint-Mesmin, boivent à la fontaine qui est auprès, ou, le 10 janvier, à celle de Coubjours, et si la personne que le sort leur destine en fait autant, ils sont assurés de s'unir prochainement?.

On a relevé dans deux contrées fort distantes l'emploi du bain de pied en matière d'amour. Les jeunes filles qui déchaussent leur pied gauche et le trempent dans une fontaine des environs d’Apt (Vaucluse) sont sûres de se marier dans l'année, de même que celles qui vont se laver les pieds un certain jour à la fontaine Saint-Martin aux Tourailles et adressent une prière spéciale à l’apôtre des Gaules.

Le contact avec l’eau n'est pas toujours nécessaire pour obtenir le résullat désiré. À Guernesey les jeunes filles qui, après avoir visité de bonne heure et en silence, pendant neuf matins de suite, la fontaine Saint-Georges, avaient déposé aux pieds du saint une pièce d'argent, étaient certaines de se marier au plus tard au bout de neuf fois neuf semaines5. Une pratique observée dans la région morvandelle suppose que celles qui l'accomplissaient croyaient la source habitée par un génie qui pouvait les entendre, les exaucer, et qui était sensible à la fois aux prières et aux présents. Les amantes qui n'étaient pas payées de retour allaient de grand malin à la fontaine de Tussy, se mettaient à genoux et disaient : « Je l'apporte mon malheur, source, donne-moi ton bonheur ». Puis elles se relevaient et jetaient en arrière dans l’eau un sou, un fromage ou une épingle ; mais il fallait que la pèlerine ne fût regardée par personne®. Un usage vraisemblablement ancien et qui rappelle la confarreatio romaine, avait aussi pour but de rendre irrévocables les engagements qui précèdent le mariage. Naguère encore, les fiancés de Braye-les-Pesmes (Haute-Saône) se rendaient, le jour de la Chandeleur, à une source sacrée; ils échangeaient des gâteaux qui représentaient assez sommairement les attributs du sexe de celui qui

. Lucie de V. H. in Rev. des Trad. pop., t. XIII, p. 302. . L. de Nussac. Les Fontaines en Limousin, p. 11. . Bérenger-Féraud. Superslilions el survivances, t. II, p. 292. .J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. 11. p. 293. . Louisa Lane Clarke. Guide lo (ruernsey, p. 41. 6. Ch. Bigarne. Palois du pays de Beaune, p. 243 ; Dr Bogros. À travers le Morvan, p. 160.

CT bn CO 19 —

les portait, puis, après les avoir trempés dans l’eau de la fontaine, ils les mangeaient, et îes fiançailles élaient consommées.

Les fontaines sont en relations fréquentes avec le mariage et la fécondité; on a observé autrefois dans le Gers un usage que je n'ai pas retrouvé ailleurs sous la même forme : le lendemain de Ja noce, on menait la Vohi à la fontaine, et au retour, à moitié chemin, on lui cassait la cruche sur la tête. Cet acte était accompagné d'une sorte de formulette :

Prén-lé, Nobi, toun banoun

Qué-t bam mégna à la houn;

Sé la bane podes pourta

Prén-lé garde que lé la coupin pas.

Prends, Nobi, ta petite cruche — Nous allons te mener à la fontaine — Si la cruche tu peux porter — Prends bien garde qu’on ne te la coupe pas?. Celui qui a rapporté cette coutume n’en indique pas la raison: peut-être était-elle simplement emblématique.

Dans plusieurs communes du Poitou, les mariées, pour être assurées de devenir mères, vont lremper leurs souliers dans certaines sources ; on se rendait naguère encore à celle de la Roche-Rufin près de Pamproux (Deux-Sèvres), le jour du mariage ; quand les assistants avaient contraint l'épousée à mettre un pied dans l’eau, ils s'écriaient :

La mariée a bollé, Elle aura un drôle (poupon) dans l'année?

A Exoudun, on fail franchir ensemble au marié et à la mariée le pelit bassin de la source d’Issernay, et garçons et filles de la noce les aspergent au passage en s'efforçant de leur jeter de l’eau entre les jambes *.

Les fontaines auxquelles les femmes s'adressent, après la consommation du mariage, pour devenir fécondes, sont assez nombreuses ; on en trouve plusieurs en Saône-et-Loire*: la fontaine de l’Ermitage à Saint-Emilion (Gironde) celle de Saint-Rigaud à Monsole, qui traverse, dit-on, le corps du saint, possèdent ce privilège, sans que l'on décrive la façon dont le pèlerinage doit être fait pour être efficace. Il semble que le plus ordinairement le rite consiste à boire une certaine quantité

Page 1