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CONSULTATIONS ET PRÉSAGES

Dans la plupart des pays où le folk-lore des fontaines a été étudié avec quelque suite, on constate que presque tous les actes importants de la vie sont l’objet de consultations faites sur leurs eaux mêmes ou dans levoisinage immédiat. On s'adresse à elles, quoiqu’assez rarement, dès avant la naissance, et lorsque l'enfant est né, pour connaître le sort qui lui est réservé. Les adultes, même bien portants, les interrogent pour savoir s'ils doivent vivre longtemps ou mourir à bref délai ; en

1. E. Cosquin. Contes de Lorraine, t. I, p. 208; Paul Sébillot. Contes de la Haute-Bretagne t. NI, p. 156, 161. Contes, 1892, p. 12.

2. Ch. Thuriet. Trad. de la Haute-Saône et du Jura, p. 339. 3. Paul Sébillot. Contes des Landes et des Grèves, D:.932: 4. Ludovic Martinet, in l'Homme, 1884, p. 456. 5. Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. 1, p. 238.

cas de maladie, eux ou leurs proches les consultent sur les probabilités de guérison. Les oracles les plus nombreux que l'on va chercher auprès des sources sont en relation avec l'amour et les chances de mariage ; plus raremént elles son‘ appelées à certifier la pureté des jeunes filles ou la fidélité des femmes. Elles décèlent aussi les gens coupables de vol, et renseignent sur le sort des absents Il ne semble pas qu'on vienne leur demander si on réussira dans des affaires d'argent ou si l’on parviendra au but de son ambition; mais il n’est pas improbable quon le fasse. Elles sont interrogées sur la fin prochaine des agonisants, etil ne serait pas bien surprenant de découvrir dans des pays, où, comme en Bretagne, on essaie par divers moyens superslitieux de savoir quel est, dans l’autre monde, le sort des défunts auxquels on s'intéresse, des espèces de divinations accomplies à cette intention auprès de fontaines spéciales.

Il est certain, au reste, que nous sommes loin de connaître toutes les consultations qui sont encore en usage : beaucoup se font clandestinement, parce qu’elles touchent à des sentiments d'un ordre tout intime, que le clergé les combat, ou encore parce qu'il est nécessaire, pour leur réussite, qu'aucun œul profane ne soit témoin des actes accomplis auprès des eaux merveilleuses. Il n’est pas impossible qu'il soit même interdit de révéler à des étrangers les pratiques les plus secrètes, dont la divul-

galion pourrait attirer quelque disgràce à l'indiscret, ou enlever à la source üne partie de sa vertu. On peut encore ajouter à toutes ces causes qui augmentent la difficulté de l'enquête, la répugnance que les paysans éprouvent à raconter les faits qu'ils supposent pouvoir être un sujet de moquerie de la part des habitants des villes.

Le rite tradilionnel est ordinairement accompli par l'intéressé ; mais lorsque, par suite de son état de santé ou pour tout autre empêchement, il lui est difficile de se rendre à la fontaine, il peut confier le soin de le remplacer à un parent, où même à une personne étrangère. En ce cas, il lui remet, pour le représenter d'une façon pour ainsi dire matérielle, un objet qui l’a touché de près, du linge de corps ou une sorte d’effigie.

L'épreuve par le flottement est l'une des plus usitées, et elle s'applique à des actes très divers de la vie humaine ; dans le Morvan et en Basse-Bretagne, elle a lieu même avant la naissance. Les femmes grosses se rendent à une fontaine près de Tannay et y plongent les langes destinés au petit être à venir; s'ils sont souillés par la vase, elles peuvent prendre le deuil; s’ils sortent nels, elles conçoivent les plus douces espérances". Des sources, comme celle de Saint-Idunet, de

4. Dr Paul Bidault. Les superstitions médicales du Morvan, p. 18.

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Saint-Gonvel, de Saint-Léger, permettent d'être fixé à l'avance sur le sexe de l'enfant ; il suffit de poser à la surface de l'eau deux chemisettes, une de fille, une de garçon ; celle des deux qui surnagera le plus longtemps indiquera par la même si la petite créature à naitre portera plus lard culotte ou jupont,

Pour savoir le sort réservé à un nouveau-né, on jette une poupée d'étoffe, ou tout autre simulacre du même genre, dans la fontaine de Saint-Languy, près d’Autun, dans la source de Sainte-Claire en La Comelle ou dans la fontaine de Vauban ; si l'objet surnage, l'enfant parcourra une longue carrière ; s’il est submergé, c’est pour lui un arrêl de mort?, Dans le Finistère, une pèlerine plonge un des langes dans la source sacrée : s’il flotte, l'enfant est de bonae venue: s'il descend tout de Suile au fond, ses jours sont complés. À la fontaine Saint-Adrien, entre la Roche-Derrien et Pommerit-Jaudy, c'est la chemise qui sert à cette épreuve?. A Loguivy, près de Lannion, vers 1820, on jetait aussi dans la fontaine la première chemise du nouveau né ; si le collel s’enfonçait d'abord, il devait mourir, si c'était le bas, il étail assuré de vivre.

Le premier mai les mères venaient baigner leurs enfants, nés depuis la même date de l'année précédente, dans la fontaine de la Mort, l'eunleun an Ankou, en Plouégat-Guerrand, Le Jean, qui a rapporté celle pratique, n’en indique pas la raison ; il est possible qu'elle se rattache à une observance analogue à celle qui se faisait à la fontaine de Sainte- Candide en Scaër, à la fin du XVII: siècle ; On y plongeait l'enfant que l'on soupçonnait d'avoir été l'objet d’un sort jeté; s’il s'allongeait lorsqu'on l'y mellait, il devait vivre : si au contraire il relirait les pieds, il était destiné à mourir dans peur.

Les actes accomplis aux fontaines par ceux qui veulenl être renseignés sur Ja destinée des adultes bien porlants n'ont élé jusqu'ici relevés qu'en Basse-Bretagne : au commencement du XVI siècle, dans cerlaines paroisses du Finistère on faisait, Ie premier jour de l'an, à quelques fontaines, des offrandes d'autant de pièces de pain qu'il y avail de personnes dans les familles, jugeant de ceux qui

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