Cambry. Voyage dans le Finistère, p
devaient mourir dans cette année-là, par la manière dont ils voyaient flotter Les morceaux jetés en leur nom'. Celte coutume était pratiquée jadis à Loc-Renan, aux mêmes intentions et le même jour, mais chaque pain était beurré: si le côté beurré se tournait en dessous, c'était le trépas; si deux morceaux se collaient, signe de maladie; si le pain restait entre deux eaux, la vie était en danger, sans qu'il y eût certitude de mort ; s’il surnageait, l'existence était assurée*.
Ceux qui ont relevé cette façon d'interroger l'oracle en parlent au passé ; elle est peut-être tombée en désuétude, el si elle subsiste encore, elle est assez rare pour avoir échappé aux observateurs contemporains. Une autre consultation, celle-ci individuelle et d'ordinaire accomplie par l'intéressé, a.-encore lieu dans la partie sud du Finistère, et particulièrement aux environs de Rosporden ; pour connaître approximativement dans quel délai on doit mourir, on pose sur l’eau de certaines sources sacrées, une croix faite de deux ramilles de saule. Si elle flotte, la mort ne tardera guère ; si au contraire elle s'enfonce, le terme est encore assez éloigné: il le sera d'autant plus qu'elle aura coulé plus vite. Ailleurs, et en particulier à Saint-Léger, près de Quimerc’h, où le rite se pratique d’une façon courante, le jour du pardon, on est d'autant plus menacé que la croix s’enfonce plus rapidement*.
L'épingle, dont le rôle augural est si considérable en matière d'amour, est aussi employée dans la région de Pont-l'Abbé, par ceux qui veulent
se renseigner sur l'heur ou le malheur : si placée sur la fontaine, elle fait plusieurs tours et suit le fil de l'eau, c'est un signe de bonheur ou de richesse ; si tombant sur la pointe, elle coule au fond et s'y plante, c'est un présage de mort*.
Le cristal des fontaines constitue aussi une sorte de miroir magique ; il est, ainsi qu'on le verra plus loin, consulté par les amoureux de pays assez variés ; mais en ce qui concerne les chances de vie ou de mort, son usage n’a élé constaté jusqu'ici qu'en Basse-Brelagne : Celui qui veut savoir combien de temps il lui reste à vivre va se pencher, la première nuit de mai, sur le coup de minuit, sur la f'eunteun-an-Ankou (la fontaine du Trépas) à Plégat [(Plouégat) Guerrand. S'il doit mourir sous peu, au lieu de son image vivante, c'est la têle qu'aura son squelette qui lui apparaîtra ‘.
4. Vie de Michel Le Nobletz, citée par H. Gaidoz, in Rev. Celliaue,t. II, p.