CONSULTATIONS DIVERSES
denier surnageait sur l'eau‘. Vers le milieu du siècle dernier, une pratique qui rentre dans un ordre d'idées voisin subsistait encore en Basse-Bretagne, Lorsque quelqu'un avait été volé, il se rendait à jeûn, le lundi, à une fontaine auprès de Saint-Efflam en Plestin ; il jetait dans l'eau plusieurs morceaux de pain, à chacun desquels il donnait le nom des personnes qu'il soupconnait être les auteurs du vol. Celui qui restait au fond indiquait le nom du coupable ?.
On s'adresse encore aux sources lorsqu'on désire être renseigné sur le sort des absents. Les femmes dont les maris sont en mer déposent dans la fontaine de N.-D. de Pilié, près de la chapelle de ce nom, le linge de corps d’un de leurs enfants; s’il floite, le marin vit, s’il coule, c’est qu'il est mort ; un autre rite se praliquait dans le Finistère, le jour du pardon, à une chapelle qui est désignée sous le nom, peutêtre supposé, de Portzmoguer ; les femmes, les filles ou les mères des marins Jetaient dans l’eau de la fontaine qui est auprès un morceau de mie de pain ; s'il surnageait, le voyageur devait être heureux et revenir bientôt ; si le pain allait au fond, c’est qu'il courait de grands dangers ?. La fontaine de Sainte-Apolline en Trigavou, dans la partie française des Côles-du-Nord, était l'objet, au milieu du XIX° siècle, d'un usage particulier. On coupait des branches dans les buissons qui l'environnent, et après les y avoir plongées, on les enfonçait on terre ; à des jours marqués par le murmure de l'eau au moment de l'immersion, on revenait les visiter, etelles indiquaient le sort des personnes auxquelles on s’intéressait, selon qu'elles avaient bien ou mal pris racine, et plus souvent, en suivant la direction des vents qui soufilaient dans les boutures vertes ou desséchées. Les vents d'Orient et du Midi étaient les plus favorables; l'Ouest, et surtout le Nord, n’annoncaient que des choses tristes *, Lorsqu'on veut recevoir des nouvelles de parents ou d'amis éloignés, on balaie l'intérieur de la chapelle de N.-D. de Béquerel, puis on vide la fontaine extérieure ; il faut, dit-on, une
41. Mélusine, t. T, col. 527, d'a. Le Tablev de la bido del parfet crestia, fait par le P, A. N, C. Rég. de l'Ordre de S. Aug. Toulouse, 1673, in-18. Ë
2. Habasque. Notions historiques sur les Côles-du-Nord, &.1, p. 7, n.; Déric. Histoire de Bretagne, t. 1, p. 293 (1711) signalait cette superstition ; Souvestre. Derniers Bretons, t. I, p. 91, parle, presque dans les mêmes termes, de cette pratique qu’il place à une fontaine de Saint-Michel, située quelque part dans le Trégorrois. À Plestin-les-Grèves, on ne connaît plus guère que par oui-dire la consultation décrite par Habasque ; d’après une enquête faite en 1904, si elle n’est pas tombée eu désuétude, elle semble tout au moins fort rare,
3. Dr Fouquet. Légendes du Morbihan, p. 80; Marguerite de Belz. La clé des champs. Paris, s. d, (1866?), p. 105. Marguerite de Belz est un pseudonyme emprunté à un village de la rivière d'Etel (Morbihan), or, d’après le Siècle, 15 août 1904, cette consultation se fait sur les bords de cette rivière, à une fontaine dédiée à sainte Hélène.
4, Elvire de Cerny, in Journal d'Avranches, 1856.
heure de travail à plusieurs personnes pour en venir à bout. L'auteur n'a pas dit comment la réponse était donnée: peut-être était-elle favorable ou défavorable suivant la plus ou moins grande promptitude avec laquelle le bassin se remplissait.
Les petits garçons dont le père est à la pêche se rendent parfois à la fontaine de Saint-Pierre-le- Pauvre, à Tréboul, près de Douarnenez, el après avoir fait une prière, ils barbottent dans le ruisseau qui en découle : s'ils parviennent à saisir un tétard, ils croient que leur père fera bonne pêche, en raison du proverbe : Année de têtards, année de sardines ?.
$ 4. LES FONTAINES GUÉRISSANTES
De toutes les croyances qui s’attachent aux fontaines, la plus répandue, la plus persistante, la plus considérée comme vraie, est celle qui leur attribue le pouvoir de guérir. D'innombrables pèlerinages, collectifs ou individuels, publics ou clandestins, attestent la vitalité, à l'aurore du XX: siècle, de cette antique conception.
Bien que plusieurs pays aient été insuffisamment explorés à ce point de vue, on peut affirmer que les sources auxquelles on s'adresse pour les maladies ou les infirmités de toute nature existent d'un bout à l'autre de la France, et que si on en dressait le catalogue, ilcomprendrait certainement des centaines, sinon des milliers de numéros. Dans les divers pays de la Haute-Bretagne où mon séjour a eu quelque durée, j'ai pu constater qu'il n'était guère de paroisse, surtout dans les Côtes-du-Nord, qui n’en eût au moins une : assurément je ne les connaissais pas toutes, et j'ai pu ne pas entendre parler de celles qui sont l'objet d’observances secrètes ou bizarres, el qui souvent sont situées dans des endroits écartés et difficiles à découvrir. Il semble qu'il en est de mème non-seulement en Basse-Bretagne, la terre classique du culte des eaux, mais en Limousin, en Poitou, dans le Nivernais, la Saône-et-Loire, les régions où celte partie du folk-lore a été le mieux étudiée *.