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RARETÉ DES TÉMOIGNAGES ANCIENS

La rareté des documents sur les visites aux fontaines dans le nord et dans l'est de la France, m'avait amené à supposer que dans ces régions la croyance à leur pouvoir guérissant avait à peu près disparu, et que le culte ‘qui avait pu leur être rendu autrefois s'était transporté aux églises ou aux chapelles construites dans le voisinage. Ayant soumis cette question à quelques-uns des collaborateurs de la /evue des Traditions populaires qui habitent ces divers pays, j'ai reçu des réponses qui démontrent que, en Picardie et en Artois, sans y être d’une abondance exceptionnelle, les sources miraculeuses sont encore visitées par de nombreux pèlerins ‘. Dans les Vosges on en rencontre ‘aussi plusieurs, et un livre récent sur les traditions de la Meuse enregistre assez de faits intéressants Pour qu'on puisse conclure à la persistance du culte des sources dans celle contrée.

Quoique depuis une période bien antérieure à l'établissement du christianisme dans les Gaules, les fontaines y fussent, comme en bien d'autres pays, visitées par des malades qui croyaient à leur puissance, et que depuis cette époque jusqu'à nos jours la foi dans leur vertu curative ne semble pas avoir sensiblement diminué, il est rare de rencontrer, avant le commencement du siècle dernier, des documents qui rapportent avec quelque détail les pratiques accomplies près des sources réputées, par ceux qui venaient leur demander la santé. Les Evangiles des Quenouilles qui constatent l'emploi thérapeutique de l’eau puisée dans l'empreinte du cheval de saint Martin * et donnent l'indication de beaucoup de remèdes usités au XV° siècle, sont muets au sujet des visites faites aux fontaines proprement dites. Noël du Fail qui habita la Bretagne et s’intéressait aux coutumes populaires, Dubuisson-Aubenay qui, en 1636, la parcourut en voyageur avisé, ne parleut pas des sources/guérissantes de ce pays ; deux ou trois figurent, mentionnées brièvement, dans l'édition originale du Dictionnaire de Brelagne d'Ogée (1718-1780); Cambry est le premier qui ait prêté assez d'attention aux idées et aux observances médicales des Bretons en rapport avec les fontaines, pour s’en informer et les noter en quelques lignes.

De nombreuses fontaines sont réputées pour les maladies en général,

1. Ed. Edmont, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 329; Alcius Ledieu, ibid., p. 331. M. O. Colson, directeur de Wallonia, auquel j'avais demandé son opinion sur la croyance au pouvoir des fontaines dans la Belgique de langue francaise, pense, bien que ce sujet y ait été peu étudié jusqu'ici, qu'à ce point de vue la Wallonie est assez comparable aux départements du nord de la France.

2. H. Labourasse. Anciens us de la Meuse. Bar-le-Duc, 1902, in-8.

3. Les Évangiles des Quenouilles, VI, 8 Les observances auprès des fontaines présentent un parallélisme fréquent avec celles en relation avec les diverses empreintes qui conservent de l'eau (cf. Le Folk-Lore de France, t. 1, p. 408-410)

etle nom de quelques-unes fait allusion à ce pouvoir quasi-universel, Ilen est d’autres qui ont une ou plusieurs spécialités. Quoique lon n'ait pas dressé la statistique de celles du pays brelonnant qui rentrent dans cette catégorie, on peut affirmer qu'elles dépassent de beaucoup la centaine. M. L. de Nussac en a relevé une trentaine en Limousin ; M. L. Lex vingt-deux en Saône-et-Loire ; c'est à peu près le chiffre que j'ai donné en 1897 dans un Essai de catalogue du culte des fontaines en Ille-et-Vilaine et dans la partie française des Côtes-du- Nord !, et celui auquel est arrivé, pour le département de la Somme, M. Alcius Ledieu?; dans la Gironde, M. François Daleau a calalogué dix-huit sources spéciales, M. Louis Morin à peu près autant dans le département de l'Aube *.

La liste des maladies pour lesquelles il y a des sources privilégiées, bien que longue, ne comprend pas toutes celles qui affligent l'espèce humaine. Il en est même quelques-unes sur lesquelles nulle fontaine ne semble avoir de puissance. C’est ainsi que les affections des voies respiratoires, dont la place est si grande en pathologie, paraissent échapper à l'intervention des eaux les plus réputées. Le D' H. Liégard n'a pu rencontrer en Basse-Brelagne, soit au cours de ses recherches personnelles, soit dans les ouvrages des auteurs qui l’avaient précédé, aucune fontaine qui eût quelque vertu curative sur la toux de l'adulte *. |

Cette observation est peut-être trop absolue, bien que la plupart du temps elle soit confirmée par la lecture des monographies des eaux guérissantes des autres contrées. On en relève peu d’exceptions, et encore dans les passages qui suivent, il s'agit peut-être d'une sorte de dépérissement plutôt que de la phtisie pulmonaire proprement dite. Souchet, l'auteur d'une Histoire du diocèse de Chartres, disait avoir vu en ses jeunes ans baigner dans une fontaine de la paroisse de Saint- Prest les petits enfants qui «étaient phlysiques, pour recevoir leur santé 5, » En Limousin, le mal chestiu est celui qui à la plus grande abondance de bonnes fontaines ; il a beaucoup de variétés, car on

4. Revue des Trad. pop., t. XII, p. #11. Il faudrait actuellement doubler ce chiffre.

9. Alcius Ledieu, tbid., t. XIX, p. 331-333. Environ la moilié de ces pèlerinages de la Somme sont tombés en désuétude.

3. Fr. Daleau. Traditions de la Gironde (passiw) ; L Morin, in Rev. des Trad. pop, t. XIII, p. 90.,t. XVI, p. 184. À Guernesey, plusieurs maladies sont désignées sous le nom de « Mal de la fontaine ». (E. Mac Cuiloch. Guernsey Folk-Lore, p. 189) et suivant M. A. Le Broz, qui semble avoir un peu généralisé, chaque source a son mal déterminé pour lequel elle est toute puissante. (Soc. arch. du Finistère, 1899, p. 205.

4. Henri Liégard. Les saints quérisseurs de la Basse-Brelagne, p. 49.

5 A. S. Morin. Le Prétre el le Sorvier, p. 22 ; la fontaine de Saint-Eman (Eure-et- Loire), est efficace pour la guérison des fluxions de poitrine (ibid., p. 280).

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