OFFRANDES DE COMESTIBLES
On offre aussi aux fontaines des comestibles, comme aux époques où l'on croyait fermement qu'elles étaient la résidence d'une divinité à laquelle ce présent était agréable et qui en récompensait le donateur. On jette dans la fontaine Saint-Hubert, près de Saint-Feyre, de petits morceaux de pain, dans la persuasion qu'en faisant au génie du lieu cette légère offrande, on se débarrasse du mal dont on souffre, et qu'on détourne celui dont on peut être menacé‘. Les habitants d'Etalente, surtout les jeunes mariés, lançaient, le jour de la Chandeleur, des gâteaux dans la source de la Coquille, qui était sous la garde de la fée Greg *.
Autrefois, ceux qui ayant été à la fontaine d’Anson à Saint-Cyr en Talmondais, réputée pour la guérison de la lièvre, en avaient ressenti les effets salutaires, avaient coutume d'offrir au bouc pers (bleu verdâtre) qui la hantait la nuit, la tête d'une poule blanche et trois oignons de la même couleur, qu'ils déposaient sur ses bords après le soleil couché ?.
Jadis, le lendemain de Noël, les enfants venaient à une fontaine de Saint-Elienne près d’Autun, chacun muni d'un gâteau, qu'ils trempaient dans l’eau et mangeaient ensuite, afin d'être préservés des maux de ventre pendant toute l’année #.
Suivant une coutume constatée dans l'est, des objets comestibles, après avoir été immergés pouvaient influer sur le mariage et peut-être sur la fécondité. A Martigny-les-Lamarche, une ancienne coutume obligeait tout jeune marié de l’année à apporter un gâteau qu'il devait lancer, le jour de la Purificalion, dans une fontaine située au bas du village, et que les jeunes garçons s’efforcaient de saisir en se tenant au bord, dans la persuasion que ceux qui y parviendraient, seraient mariés dans l'année ‘,
Les fontaines reçoivent aussi en présent des produits de l’étable, de la basse-cour et même du rûcher. Ce sont naturellement les femmes qui, la plupart du temps, leur font ces offrandes : les amantes qui n'étaient pas payées de retour jetaient un fromage dans la fontaine de Saint-Thursy, dans la Côte-d'Or’, probablement avec l'espoir de se concilier la faveur du génie de la source ; c'est le seul exemple en rapport avec l'amour que je connaisse. Dans une région voisine, les nourrices, pour avoir du lait en abondance, portaient aussi un fro-