‹ Le folk-lore de FranceChapitre 236 sur 403 · L. Martinet. Le Berry préhistorique, p · texte numérisé non relu

L. Martinet. Le Berry préhistorique, p

10. J.-J. Juge. Changements survenus dans les mœurs des habilants de Limoges, cf. Bulliot, p. 45.

Les pèlerins qui se rendaient à la fontaine bénite de Sainte-Rafine, non loin de Montans (Tarn?), après s'en être approchés les mains jointes, déposaient des pièces de monnaie en nombre impair, mais le plus habituellement cinq, à côté de la source, ou les jetaient dans le bassin, puis ils s'en retournaient dans la même posture, sans regarder derrière eux, sous peine de faire perdre aux eaux leur vertu curative. Ces pièces étaient, disait-on, enlevées par l'esprit gardien de la fontaine, et l'on prétendait que jamais on n’en avait retrouvé en les curant, ou même en s'y rendant dès que les donateurs s'étaient éloignés‘; en Limousin, la Vierge vient elle-même recueillir la monnaie offerte par les enfants que l’on plonge dans la source de Notre-Dame de Fournol?. En Vendée c'élait aussi au génie de l'eau qu'étaient destinées les pièces que les paysans jetaient dans la ponne de la fontaine du Sourdeau à Saint-Cyr en Talmondais, pour obtenir que l'homme luisant qui y faisait sa demeure, guérit les troupeaux de la «clavée » *.

Il semble que parfois l'on croit que la maladie est transmise aux offrandes, ou qu’ilest dangereux de s'emparer de celles qui ont été faites par les visiteurs. Les passants qui recueillaient l'argent lancé dans la Font-Dolent, à Varennes-sous-Dun, prenaient les fièvres laissées par les malades, comme ceux qui, en Berry, s'emparaient des pièces placées autour des sources *. En Poitou, la pratique qui consiste à déposer sur la margelle trois pièces de monnaie, porte un nom caractéristique ; elle s'appelle « faire le change » ; à Saint-Cyr en Talmondais, les patients les mettent le soir sur la fontaine de Fougeré, afin que celui qui s'en emparera le lendemain matin avant soleil levé, les débarrasse en même temps à son préjudice du mal dont ils sont atteints *.

En Saône-Loire, les pièces d'argent que les pèlerins placent près des fontaines ne sont pas toujours dangereuses pour ceux qui les ramassent‘. Il en était probablement de même des menues monnaies, qu'il était d'usage, au commencement du XIX° siècle, de déposer sur

les pierres de celles du Bessin ?.

1. Rossignol, in Cangrès archéologique. Albi, 1862, p. 284 et suiv., cité par le Dr Cabanès. Bull. général de thérapeutique, avril 1904. Les fiévreux déposaient un nombre impair de pièces de monnaie à la fontaine des Garnes de Nieule-Doleant (Vendée) ; Marcel Baudouin, in Gazette médicale, 19 déc. 1903, d'après Baudry.

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