LE DIABLE
affinités de sujets, parce qu'elles appartiennent à des ordres d'idées qui n'ont guère de rapport. Le puits de la cathédrale de Chartres fut jadis le théâtre d'un miracle ; il était situé dons la crypte, et l'on y avait jeté, lors de la dernière persécution païenne, les corps des chrétiens marlyrisés. À une époque très postérieure, pendant qu'on faisait la procession dans la crypte, un enfant de chœur tomba dans ce puits et il fut impossible de retrouver son corps. Mais l'année suivante, lors de la même procession, on fut tout élonné de le revoir, vêtu de son aube, qui n’était point mouillée, et tenant son cierge à la main, Il déclara qu'au moment de sa chule, ure belle dame vêtue de blanc, l'avait recu dans ses bras, l'avait soigné pendant toute l’année et l'avait ensuite remis à sa place !.
Les puissances infernales sont parfois en relation avec les puits ; au XVII siècle, on en montrait un à Marseille, situé dans le cloître, où suivant la tradition, le diable qui, en prenant la forme d'un cuisinier, servit la Madeleine lorsqu'elle demeurait en ce lieu, fut étouffé ?.
On racontait à Tulle, qu'une jeune fille de la ville ayant confessé au père Bridaine qu’elle avait jeté dans un puits les cadavres de ses enfants, il lui enjoignil d'aller faire trois prières sur le puits, en lui promettant de l’accompagner de loin. La première fois, elle entendit un grand bruit, comme des miaulements ; la seconde, comme des Cris d'enfants qu'on égorge. Elle voulut s'enfuir ; le prêtre la prit par la main el s'agenouilla près d'elle. Ils avaient à peine commencé leur prière, quand, dans une lueur intense d'où s'échappait une forte odeur de soufre, le diable apparut. Le père Bridaine s’écria : « L'âme à Dieu, le corps à moi, la tête au diable ! » Et subitement la mère meurtrière de ses enfants fut décapitée, tandis que la vision s'évanouissait et que le cadavre sans lèle de la femme restait aux mains du prédicateur attéré ?.
Suivant une des nombreuses traditions qui s'atlachent au Grand Puits de la Cité de Carcassonne, Satan aurait précipilé dans ses profondeurs sept archers qui avaient médit des apôtres et du bienheureux saint Gimer. Étant en liesse dans les rues pendant la nuit, ils rencontrèrent un âne couvert d'une riche housse. Ils s'en emparèrent et, l'un après l’autre, montèrent sur son dos. L'animal semblait grandir à mesure qu'ils prenaient place, de telle façon qu'ils purent s'asseoir lous. Alors la belle housse se changea en un drap funéraire, et l'étrange monture reprit sa course. Après une station au cimetière, où les tombes se soulevèrent, laissant passage aux lrépassés qui
1. A.-S, Morin. Le Prétre et le Sorcier, p. 248. 2. Jodocus Sincerus. I{inerarium Galliæ, p. 221. 3. Jean Dutrech, in Lemouzi, octobre 1895.
entonnèrent un chant funèbre, l'âne monstreux (c'était Satan en personne), se présenta sur Ja Place du Grand Puits etse jeta dans les profondeurs du gouffre avec les sepl archers *.