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LES ÉLARGISSEMENTS LÉGENDAIRES

effrayée de sa solilude, elle se mit à pleurer et ses larmes donnérent naissance aux trois rivières principales de l'ile‘. En Haute-Bretagne, la Rance doit son origine aux larmes versées par la sœur de Gargantua après son veuvage ?.

Une légende bretonne attribue à Dieu lui-même Ia créalion d'une rivière : Le Blavet prenait autrefois sa source dans « l'œil de mer », véritable puits de l'abime qui communiquait d'une part avec les régions infernales et de l’autre avec les profondeurs de l'Océan. D'une seule poussée il aurait été capable d'amener un nouveau déluge, si Dieu n’avait creusé le Blavet pour déverser dans la mer le trop plein de ses eaux ?.

Les diverses particularités des eaux courantes sont l'objet d'un grand nombre de légendes Un récit populaire explique pourquoi, au rebours de toutes les rivières des Gôles-du-Nord, un affluent du Gouessant coule vers le sud pendant plusieurs kilomètres, et semble se diriger vers l'Océan plutôt que vers la Manche : les fées ont changé sa direction primitive et l'ont détourné vers Lamballe, pour se venger de Gargantua, qui leur avait fait peur pendant qu'elles bâlissaient la chapelle de Saint. Jacques en Saint-Albant,

Des tradilions racontent en quelles circonstances des rivières, assez faibles à l’origine, ont acquis un volume considérable, et pourquoi certaines, sur diverses parties de leur Cours, s’élargissent assez pour former de petits golfes. Autrefois la Rance élait toute petite et les ânes de Rigourdaine la traversaient facilement pour venir brouter les pâturages et les vignes du monastère voisin. Saint Suliac, irrité de leurs déprédations, les rendit immobiles, la tête retournée vers l'échine. Lorsqu'il eut consenti à les délivrer de cette position incommode, ils lirent, en s’en allant, un tel vacarme, que le saint, pour ne pius être à l'avenir élourdi de leurs braiements, s'avança sur le ruisseau qui coulait au bas du mont Garot, et quand le dernier âne eut passé l’eau, il étendit sa crosse, et prononçÇa à genoux quelques prières : Ja Rance, élargie à l'instant, devint une rivière navigable, grossie des eaux de

Ja mer, et Lelle qu’on la voit aujourd’hui. Non loin de là, le bassin

appelé Plaine de Mordreu a été produit par Garganlua: furieux de s'être cassé une dent en avalant le caillou emmailloté que la nourrice lui présentait, au lieu de son enfant qu'il s'était, comme Saturne, engagé par serment à dévorer, il lui lança un coup de pied ; mais la femme s'esquiva, et le coup portant à faux, enfonça dans l'eau le terrain sur

E. Chanal. Voyages en Corse, p. 119.

Elvire de Cerny. Saint-Suliac et ses traditions, p. 70. F. Cadic, in La paroisse bretonne de Paris, janvier 1900. + Paul Sébillot. Légendes locales, t. 1, p. 147.

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