L'EAU SANGLANTE
ce qui fit accuser le pauvre homme d'être un voleur. Ils gambadaient autour de la roue, au mépris du danger, et en dépit des avertissements répétés du meunier. Pourtant un des féetauds paya cher sa témérité ; il fut saisi par la roue, et se sentant broyé il poussa un cri que l'on entend encore parfois, et c’est son sang qui coule dans le ruisseau. Suivant une autre version, uue nuit que l’amoureux de la fille du meunier, assis sur la roue, s’entrelenait avec elle à la petite fenêtre ouverteà cet endroit, le meunier, ignorant sa présence, mit la machine en mouvement, le garcon fut écrasé et n'eut que le temps de pousser un cri qui retentit encore dans le vallon pendant les nuits orageuses d'automne.
A Pluguffan, un ruisseau est appelé à un certain endroit, l'Eau rouge. C'est en ce lieu que les paysans révoltés de Carhaix furent assaillis et mis en pièces (1489); le sang coula si abondamment, que ,depuis, la partie qui traverse la prairie où on les massacra est désignée sous ce nom?; un autre petit cours d’eau, entre Quimper et Pont-l'Abbé, présente la même particularité, qui remonte, dit-on, à la répression de la révolte dile du papier timbré *.
Le peuple attribue aux esprits infernaux l'apparence sale d'un ruisseau, le Béal trouble, à la Bâtie Neuve, qui passe dans des terres argileuses *.
C’est aussi à la suite d'évènements en rapport avec /le diable ou la magie que certaines rivières roulent des paillettes d’or; celles de l'Aurence, dans la partie au-dessous de Limoges, viennent de ce que la pelite rivière a effleuré le Roc d'Enfer qui contient le trésor du diable ? et une légende raconte que la Jordane, qui coule à Aurillac, cst devenue aurifère après une opération magique faite par Gerbert, qui depuis fut pape, etétait ua habile sorcier. Ayant demandé un jour au doyen de son monastère s’il voulait être témoin d'un miracle, il le conduisit au bord de la rivière. Après avoir tracé des cercles el prononcé des paroles cabalistiques, Gerbert frappa la Jordane avec une baguelte qui paraissait enflammée. Soudain les eaux, de bleues et claires qu'elles étaient, se changèrent en flots d'or, si bien que pendant un instant l'or coula par larges nappes entre les deux rives; le doyen épouvanté se jeta à genoux, priant Dieu mentalement, et le charme cessa ; mais depuis la Jordane a roulé des paillettes précieuses f. L'eau de la cascade du Chadoulin, dans les Basses-Alpes est encore, même aujourd'hui
. Louisa Lane Clarke. Folk-Lore of Guernesey, p. 133-4. Revue historique de l'Ouest, 1895, p. 305.
. Comm. de M. Paul Diverrès.
. Ladoucctte. Histoire des Ilautes-Alpes, p. 460. Lemouzi, janvier 1900.
. Durif. Le Cantal, p. 166.