LEUR COURS SOUTERRAIN
saint, avait rendu service, voulut le remercier : il prit tous les blocs qui Couvraient la montagne du Rusquec et les jeta dans la rivière qui passait devant la demeure du solitaire, pensant qu'ils y formeraient une cascade bruyante qui couvrirait sa voix. Mais il arriva que le bruit de la chute d'eau, quoique perceptible dans toutes les autres directions, ne se fit pas entendre du côté de l’ermitage!. Les gens de Rennesi furent plus heureux : pour se venger de leurs voisins de Chiliagni, qui avaient jeté dans leur pays tant de grenouilles que l'on ne pouvait plus dormir, ils détournèrent le petit torrent du Silvani et le firent dériver dans le Catena, qui grossie de ses eaux, se joint au Liamone par la cascade de la Balta. Celle-ci, surtout dans la saison des pluies, mène un si grand tapage que les habitants de Chiliagni en sont assourdis ?, Ailleurs des saints ont conjuré des cours d'eau tumultueux qui, depuis, ont cessé d'être importuns aux riverains. Un jour saint Idunet et sa sœur ne pouvaient causer, tant faisait de bruit un ruisseau voisin de leur demeure; le saint lui ordonna de couler silencieusement, et désormais, ilne murmure plus, On montre sur les bords du Gvic, dans la même région, un passage où cette rivière forme un Lorrent qui s'écoule sans fracas depuis que saint Envel, empêché par les eaux d'entendre Sa sœur Juna, lui commanda de se taire *.
Si Gargantua a donné naissance à des rivières, il en a aussi tari, au moins pour quelque temps: dans la Haute-Loire, il avait coutume de les avaler quand il avait soif ; en Franche-Comté, il mettait à sec le Doubs et la Drouvenne ; en Bourgogne, il but un jour si longuement que la Brenne, affluent de l’'Armançon, demeura sans eau, au moins deux lieues de long; au moulin de Lilas (Haute-Vienne), il absorbait la rivière toute entière, si bien qu’en aval, il ne coulait plus une goutte d'eau‘. À Farciennes, dans la Belgique wallonne, on raconte qu’un jour il réduisit la Sambre d'un tiers en y buvant une seule fois ?.
Ea plusieurs pays, des rivières disparaissent sous le sol, et vont, après un trajet souterrain, se montrer à une assez grande distance. Il ÿ en a plusieurs en Normandie, où des légendes font remonter cette particularité à des punitions infligées à des meuniers peu complaisants ou inhospitaliers. On nomme le Sec Iton, l'ancien canal naturel que suivait autrefois le bras de l’Iton qui se dirige vers Breteuil, et un moulin à
. Le Men, in Revue Cellique, t. I, p. 115.
+ E. Chanal. Voyages en Corse, p. 139.
- Ernoul de la Chenelière. Mégalithes des Côles-du-Nord, p. 34. + N. Quellien. Contes et nouvelles du pays de Tréguier, p. 28. . Aymard. Le géant du Rocher de Corneille, p.16 ; Bourquelot. Notice sur Gargantua, P. 5 ; Paul Sébillot. Gargantua, p. 239.