LES REVENANTS
heure le chapeau s'enfonce sous l’eau et le revenant disparait avec lui”, Deux sœurs quise noyèrent en se baignant errént la nuit, sous la forme de dames blanches, aux abords de la Fosse aux Filles, dans Ja Voune, rivière des Deux-Sèvres ?.
Plusieurs de ces revenants manifestent par de lugubres plaintes leur présence aux lieux où ils ont péri de mort violente ou à ceux près desquels ils accomplissent leur pénitence ou subissent leur punition. Ils hantent souvent des endroits écartés, peu éloignés de tourbillons ou de cascades, dont le fracas, se mêlant au bruit du vent, a pu contribuer à la formation de la légende. En Berry la Creuse, noire etrapide en certains passages profonds où elle coule sans obstacles, entraine et charrie les esprits plaintifs de ceux qui ont trouvé la mort dans ses flots. La nuit on y entend les cris déchirants des noyés qui se lamentent et demandent des prières. Ailleurs, elle écume et gronde dans les rochers : on entend là les imprécations de ceux qui sont damnés sans rémission. Le mot de retournant par lequel on les désigne est bien l'équivalent de celui de revenant. Cependant quelques vieilles femmes disent que les âmes des suicidés sont condamnées à l'éternel travail de retourner les grosses pierres qui encombrent le lit des torrents. Les gémissements qui se font entendre sur les bords de l'Halluc sont ceux des jeunes filles qui, ayant été passer au couvent des Templiers de Beaucourt les quinze jours qui précédaient leur mariage, sétaient précipitées dans la rivière pour ne pas survivre à leur déshonneur *. Dans les Côtes-du-Nord, les gens de Saint-Donan attribuent les sourds mugissements qui s'échappent d'un trou profond du Gouet, à une dame de Botherel qui, assiégée dans son château» aima mieux s’y jeter que de se rendre ?.
Au guüé de Flès, à Moulines, on voÿait des dames blanches, d'horribles spectres qui poussaient d’effrayantes clameurs durant les longues nuits d'hiver. C'étaient les âmes de quelques-uns des anciens seigneurs de Tournebu que la justice de Dieu a reléguées dans cette solitude mal famée, el qui sont condamnées à y errer en punition de leurs méfaits à l'égard de leurs vassaux. Ceux qui approchaient seuls de là disparaissaient à jamais avec eux‘. Sur les bords de la Creuse, existe la tradition vague d'un combat de faux-sauniers contre les gens de la gabelle. L'histoire ne dit rien de cette bataille. Les vieux paysans l'ont entendue raconter à leurs pères, qui la tenaient de leurs grands
. F. Marquer, in Rev. des Trad. pop., t. VIL, p. 55.
. R. M. Lacuve, ibid, t. XV, p. 116.
. George Sand. Légendes rustiques, p. 62.
. Henry Carnoy. Liltératuré orale de la Picardie, p. 147. . B. Jollivet. Les Côtes-du=Nord, t. |, p. 60.
. J. Lecœur. Esquisses du Bocäge normand, t. 11, p. 367.