‹ Le folk-lore de FranceChapitre 287 sur 403 · Lucie de V.-H. Rev. des Trad. pop., t. XV, p · texte numérisé non relu

Lucie de V.-H. Rev. des Trad. pop., t. XV, p

T7. A. de Chesnel. Dict. des Superstitions, col. 541-545.

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LES LAVEU SESNOCTURNES 353

Kergoet dans le Morbihan. C'est, dit-on, une épileptique, qui se noya en lavant et qui revient pour faire sa pénilence ; si elle pouvait toucher un passant, elle l’entrainerait dans le canal où elle a son trou '. A Calorguen, près de Dinan, on entend, le soir de la Toussaint, trois coups de battoir que frappe une femme qui périt en lavant ses draps au bord du canal?. Dans les Vosges, suivant une tradilion qui semble peu répandue, des mortes viennent laver leurs linceuls aux ruisseaux. Il faut se garder de leur parler sous peine de mourir dans l’année*. Après dix heures du soir, des femmes lavent sous plusieurs des anciens ponts des environs de Bécherel et de Tinténiac (Ille-et-Vilaine) ; celui qu; s'approche d'elles, voil une espèce de lueur, et les lavandières lui disent : « Suivez votre chemin, je fais ce qui m'est ordonné“. » Près du pont de Planche, que l'on traverse pour aller de Saint-Malo à Saint-Servan, des lavandières filent avec leurs cheveux blancs les draps qu'elles lavent, et si le jeune homme qui passe là à minuit ose répondre à leurs quolibets, elles le forcent à tordre avec elles et lui brisent les membres *.

Des laveuses de nuit, assez mal définies, mais d'un caractère aussi malveillant, hantaient jadis les berges des rivières et des canaux des environs de Dinan ; elles arrêlaient les chalands, tiraient les câbles sur le halage et faisaient tourner les barques comme des toupies : chevaux et conducteurs s'en allaient au fond des eaux".

Diverses apparitions d’'esprits de l’autre monde et d’âmes en peine se montrent dans le voisinage des cours d’eau. L'une d'elles était une sorte d'averlisseuse de trépas : lorsqu'une jeune fille de Saint-Romain le-Bas (Côte-d'Or) devait mourir, la demoiselle blanche de Caran sortait des ruines qui dominent le rocher, et descendait le sentier rapide de Tortebaille pour venir boire au ruisseau ‘,

Suivant une légende forézienne, fort suspecte d’embellissements romantiques, d’aucuns disaient avoir vu au bord de la Tessonne, un fantôme de femme qui pleure, pleure et regarde l'eau : c'est l'ombre de la ville de l'Espinasse qui fut jadis engloutie. Sa robe est tissée de brouillards, ses pieds nus déchirés par les ronces se baignent dans la boue, sa tête est salie de limon. Elle pleure du feu. Demain, au lever du

. F. Marquer, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 69.

. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne, t. I, p.-250-251. . Charles Sadoul in Rev. des Trad. pop. t. XIX, p.89.

. Paul Sébillot. Les Travaux publics, p. 191.

. F. Duine, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p. 505.

. Elvire de Cerny. Contes et légendes de Brelagne, p. 25.

. Charles Bigarne. Patois du pays de Beaune, p. 220.

1 Ct À D ND —

jour, l'enfant qui jouera sur ces rives amassera ces pleurs figés, des cailloux couleur de flamme, avec lesquels il jouera sans penser à la maudite !.

Dans le Finistère le fantôme de Marie de Coetelez, tuée par son frère qui croyait, faussement abusé par sa belle-mère, que sa sœur menait une vie licencieuse, revient sur les bords du ruisseau où le meurtrier jeta son corps, quine fut jamais retrouvé. L’homme assez hardi pour la suivre la voit loujours disparaître où elle mourut ; elle y paraîtra jusqu'au jour où un chrétien charitable aura fait placer la croix expiatoire oubliée par son frère en quittant le pays?. À Andlau (Basse-Alsace), près de l'endroit où une jeune fille se précipita dans le lorrent où elle trouva le cadavre de son amant, on voit encore, certaines nuits, le spectre des deux jeunes gens qui suivent chacun un bord différent du ruisseau, puis disparaissent tout à coup dans l'onde écumante*. Le fantôme d'une jeune fille qui après avoir

ié trompée, se noya de désespoir au pont de l'Isle dans la Beauce, s’y montre parfois ; il plane sur la rivière sans toucher les roseaux, et toute la nuit il effeuille des pâquerettes *.

Suivant une légende de la Meuse, l'apparition d’une noyée a lieu sous une forme végétale. Une rose des marais fleurit tout au bord de la Lesse au lieu où se noÿa, il y à bien des années, une jeune fille, poursuivie par les Nutons ; elle se montre le 24 mai, jour anniversaire de sa mort : cinq pelites ronces, rabougries, mais couvertes de longs aiguillons, croissent à l’entour du rosier et lui fontcomme une couronne d'épines. Les paysans disent que ce sont les âmes de Madeleine et des Nutons qui reviennent*.

D'après une tradition assez romantique des Ardennes belges, une emme qui habile La Belle Roche, sur les bords de l'Amblève vient, une fois l’an, la nuit du premier huis se baigner dans cette rivière. Ce serait la fille d'uu seigneur dont le château dominait la Belle Roche, qui se serait par désespoir d'amour précipitée dans l'Amblève, dont son cadavre ne fut pas retiré °.

Un homme quis'est noyé en voulant rattraper son chapeau tombé dans le canal de Nantes à Brest, au dessous du pont de Saint-Gérand, revient faire la pénitence qui lui à été imposée ; elle consiste à nager pour reprendre sa coiffure qui se sauve devant lui. À une certaine

. Noëlas. Légendes foréziennes, p. 101.

. Elvire de Cerny, in l'Imparlial dinannais, janvier 1857. 3. Stæœber. Die Sagen des Elsasses, n°0 134.

. Michel Salmon. Le Pont de l'Isle. Chartres, 1878, in-18. 5. Henri de Nimal. Légendes de la Meuse, p. 146.

. Marcellin La Garde. Le Val de l'Amblève, p. 241 et suiv.

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