LA TRAVERSÉE DES RIVIÈRES
Les personnages qui marchent sur les eaux courantes sans y enfoncer figurent rarement dans les légendes de France, et d'ordinaire ils ne laissent pas comme sur la mer, une trace de leur parcours miraculeux ; la seule qui ait été relevée jusqu'ici peut même passer pour maritime, puisqu'elle est localisée dans la partie de la Vilaine où la marée se fait encore sentir. Cest le « Chemin de Saint Jacques », rouleau d’écume qui marque le trajet que suivit ce bienheureux. D’autres miracles de ce genre ont eu lieusurce fleuve, mais ne sont point attestés par des signes matériels *, D'aprèsles Vies des saints de Bretagne, un moine de Redon qui fanait dans une prairie, surpris par la cloche qui l’appelait à la grand'messe el, ne trouvant pas de bateau, marcha sur les eaux, au grand étonnement de ceux qui voyaient la rivière ferme sous ses pas comme une grande roule’. On raconte encore maintenant que la barque de saint Riowen ayant été entrainée par le courant pendant qu'il visitait un malade, il fit une courte prière, et s’avançant sur les flois, revint à Son couvent sans se mouiller les piedsf. Lorsque saint Maxence fuyait la maison paternelle pour entrer en religion, il traversa l'Oise en chéminant sur l’eau ; sainte Austreberthe accomplit le même miracle ; saint Fursy de Péronne, après avoir ressuscité un enfant, fit ses parents marcher sur la rivière afin de retourner chez eux’. Sainte Colelte
. Ducourneau. La Guyenne, p. 293.
- Deribier du Châtelet. Séalistique du Cantal, t. 1, p. 41.
. Fraysse, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 309.
. Ogée. Dicl. de Brelagne, art. Fégréac.
+ Albert Le Grand. Saint-Convoyon, $ 18.
- Paul Sébillot. Petite légende dorée de la Haute-Bretagne, p. 12. - Bérenger-Féraud. Super stilions el survivances, t. IV, p. 214,
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qui voyageait avec plusieurs religieux, son confesseur et un officier de la duchesse de Bourgogne, se trouva arrêtée par les eaux enflées du Doubs, qui ne permeltaient pas aux bateliers de le traverser. Elle ne laissa pas de poursuivre sa route el disant que la Providence les tirerait de danger, elle descendit vers la rivière, et sa troupe la suivit ; elle était déjà sur l'eau, et nul ne s'en apercevait, si ce n’est les pontonniers et les paysans qui, voyant les voyageurs marcher sur les flots comme sur un chemin, poussaient des exclamationsinfinies. Ce fut seulement à leur arrivée sur la rive droite que les compagnons de Colette eurent les yeux déssillés, et virent la rivière qu'ils venaient de franchir sans seulement y prendre garde !. Une abbesse des bénédictines de Herbitzheim eut le privilège de passer la Saar à pied sec, jusqu'au jour où elle se rendit coupable d'une injustice *.
En dehors de la légende dorée, on ne {rouve que peu de mentions de ce genre de traversée : une sorcière qui cheminait sur le Rhône comme sur un terrain solide, s’enfonça tout à coup lorsque, à minuit, heure desa promenade habituelle, quelqu'un eut prononcé dans le voisinage le nom de Jésus’. Dans les Ardennes, les personnages d'une chasse fantastique marchaient sur l'eau d'une rivière comme si elle eût élé glacée *.
Jean le soldat, héros d’un conte haut-breton, s'avança comme sur un terrain solide sur la rivière aussi froide que la glace, et sur celle qui était remplie d’eau bouillante *.
Les objets merveilleux, grâce auxquels des personnages peuvent passer l'eau sans y enfoncer, figurent plus rarement dans les légendes des cours d'eau que dans celles de la mer : d'après Grégoire de Tours, le manteau de saint Veran de Vaucluse avait le don de permettre la marche à pied sec sur les eaux douces°. Une légende de Touraine raconte que saint Marlin, qui était au service d'un laboureur, avait recu de son maitre l'ordre d'aller labourer un champ ; il fallait, pour y parvenir, traverser une rivière, et iln'y avait ni barque ni gué. Martin étendit son manteau sur la rivière, les deux bœufs y prirent place et la passèrent avec lui. On dit à Plunerel (Morbihan), que sainte Avoye, poursuivie par des soldats païens, monta, pour traverser la rivière de Sale, sur une pierre qui se mit à flotter, etque l'on montre dans ce pays, où elle est connue sous le nom de Bateau de sainte Avoye *.
. Ch. Thuriet. Traditions de la Haute-Saône, p. 300-301.
. Aug. Stœæber. Die Sagen des Elsässes, n° 136.
. Gervaise de Tilbury. Otia imperialia, p. 45.
. À. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 200.
. Paul Sébillot. Contes de la Haute-Bretagne, t. HE, p. 203. . Bérenger-Féraud, 1. c., p. 215.
. Jacques Rougé, in La Traditron, 1903, p. 336-337.
. Semaine Religieuse de Rennes, 7 juin 1889.