‹ Le folk-lore de FranceChapitre 298 sur 403 · LES EAUX QUI S'ÉCARTENT · texte numérisé non relu

LES EAUX QUI S'ÉCARTENT

Un chemin s'ouvre parfois au milieu des eaux, qui suspendent leur cours pour former des deux côtés une espèce de talus. Aux environs de Montpellier, la nuit de la Saint-Jean a le privilège de faire partager les rivières : c'est pour cela que chäque année, à minuit, le Lez s'ouvre et laisse dans son lit une sorte de chemin‘; une rivière s'écarte sans intervention: magique, devant Jean le Soldat, héros d'un conte de marins ?.

Ce miracle, qui rappelle le passage de la Mer Rouge, et qui vraisemblablement a été inspiré par lui aux hagiographes, est assez fréquent dans les vies des saints : il suffit à saint Cénery de faire un signe de croix sur les eaux de la Sarthe, pour qu’elles se divisent et lui permettent de passer à pied sec avec son disciple *; saint Yves opère le même prodige dans des circonstances identiques *.

Les rivières s'écartent encore plus fréquemment lors de la translation des reliques, ou au moment des obsèques des bienheureux. Lorsque les moines de Vertou, ne trouvant aucun bateau sur la Sèvre, eurent déposé sur le rivage le corps de saint Martin, l'eau se divisa de ça et de là, montrant la grève au fond sèche et guéable ; ils portèrent le corps à l’autre rivage, et incontinent les eaux se rejoignirentet fermèrent le passage aux moines de Durin qui poursuivaient ceux de Vertou’. La vie de Bouchard, comte de Melun, rapporte que les eaux s’écartèrent pour permettre au peuple qui portait le corps d'un saint de passer à pied secŸ. Au moment des funérailles de saint Véran, son manteau qui couvrait le cercueil s'envola en l'air et conduisit le cortège jusqu’au bord de la Durance ; puis il continua à flotter au-déssus de la rivière, et quand il fut au milieu, les eaux se divisèrent en laissant un chemin pour le pieux cortège’. Une grande crue ayant emporté le bac qui conduisait au cimelière du Mans, alors situé sur la rive droite de la Sarthe, la rivière tarit tout à coup, au moment où l'on s'apprètait à placer le corps d'une jeune fille sur une barque légère et les fidèles purent s'avancer à pied sec *.

Lorsque ce prodige ne se produit pas en faveur de personnages chréliens, l'intervention d'un talisman est parfois nécessaire pour l'opérer : les Lamignac avaient donné à une femme qui venait faire

. Montel et Lambert. Contes populaires, p. 65.

. Paul Sébillot. Contes de la Haute-Bretagne, t. II, p. 203.

. P. D. (Paul Delasalle), in Mosaïque de l'Ouest, 1845-49, p. 162. . Albert Le Grand. Vies des Saints de Brelagne. Saint Yves, $ 19. . Albert Le Grand, 1. c., Saint Martin de Vertou, $ 10.

. À. Maury. ‘Essai sur les légendes pieuses, p. 33.

Page 1