LES PASSAGES DIFFICILES
Tout en chantant, la jolie batelière, s'éloigne du rivage où elle a déposé l'amoureux déconfit*.
Quoique des bateaux de passage aient été parfois chavirés ou submergés, entrainant de nombreuses victimes au fond des eaux, ces calastrophes ont rarement pris la forme légendaire. On la rencontre cependant eu Velay : Un jour que le bateau de Changeac transportait un grand nombre de personnes, il avait accompli la moitié de sa course, quand une explosion pareille à celle d'une pièce d'artillerie se fit entendre. On vit à l'instant même une étoile se détacher du firmament, ec tomber en ligne droite sur l’esquif, qu'elle brisa en mille pièces ?,
Suivant des croyances assez répandues, les rivières et même les ruisseaux sont pour certaines catégories d'êtres difliciles ou même impossibles à traverser. Dans le Mentonnais, les sorcières passent avec peine l’eau courante * ; les magiciens des contes populaires interrompent leur roule quand ils la rencontrent, et l'on croit dans plusieurs pays que les morts ne peuvent revenir à la maison où ils ont vécu s'ils en sont séparés par une rivière qui n'a pas de pont*, Dans Îles Côtes-du-Nord un ruisseau, si petit qu'il soit, arrête les abeilles qui essalinent.
Les cours d'eau forment aussi une sorte de barrière contre. les maladies épidémiques : en Basse-Bretagne, la Peste, qui voyage ordinairement sous la figure d'une femme, est obligée de demander à un chrétien de la prendre en croupe sur son cheval, de la recevoir dans son bateau, ou de la porter sur son dos, lorsqu'une rivière la sépare du lieu où elle a dessein de se rendref, En Ille-et-Vilaine, si l’on franchit le ruisseau qui coule entre une commune indemne, et celle où règne une maladie telle que la variole, on est exposé à la gagner ?.
Le passage de l'eau peut encore avoir de l'influence sur le cours d'une affection morbide : dans le Mentonais on risque d'attraper un erysipèle si on la franchit ayant mal aux dents*; en Vendée un paysan atteint d’un mal quelconque pour lequel l'enflure est à craindre, se
1. Charles Beauquier. Chansons populaires de la Franche-Comté, p. 40 ; Charles Guillon. Chansons populaires de l'Ain, p. 52; cf. Bujeaud. Chansons pop. de l'Ouest, t. II, p. 308; comte de Puymaigre. Chansons pop. du pays messin, t. I, p. 186.