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FÉES ET GÉANTS TARISSANT DES LACS

même. Cette catastrophe a eu lieu en effet; elle est due à un seigneur de Puivert qui, voulant dessécher le lac, manqua de prudence dans ses travaux'.

Le sort d'un lac de la vallée d'Aoste, non ioin des chalets de Prez, était en quelque sorte lié à celui d'une fée ; il était sous la protection de cette fée, ni bonne ni méchante, qui ne se laissait voir à personne, se transformait en bêle, et se manifestait surtout par son chant mélodieux. Sa forme la plus habituelle était celle d’un reptile. Un chasseur ayant aperçu sur une roche un grand serpent dont la robe brillante étincelait au soleil, el qui se mirait dans l'eau, le prit pour un dragon dévastateur, et tira sur lui. L'animal, blessé à mort, tomba dans le lac, qui devint tout rouge de sang ; ses eaux diminuèrent depuis cel instant, si bien qu’au bout de quelques heures il était à sec. En mourant, la fée du lac l'avait épuisé ?.

Des conjurations ou des actes qui se rattachent au catholicisme ont aussi fait disparaître des masses d'eaux stagnantes auxquelles on attribuait des relations avec le monde satanique. Le Jac de Creno, où se réfugia le diable, fut desséché par les incantations d’un prêtre ; à mesure que la cérémonie s'accomplissait, on le voyait se retrécir?. Pour mettre fin aux hantises diaboliques d'un étang voisin de Breurey-les- Faverny, les bonnes femmes du pays allèrent, chaque jour, l’Angelus sonnant, y jeter de l'eau bénite. On remarqua qu'au fur et à mesure de ces conjurations le périmètre diminuait et que les eaux s’éclaircissaient. Il finit par devenir la petite fontaine d’eau limpide où les faucheurs et les moissonneurs viennent maintenant se désaltérer “.

Gargantua qui, ainsi qu'on l'a vu, à donné naissance à plusieurs élaugs, en à aussi tari, au moins momentanément, quelques-uns. Il « supa d'une haleinée », celui d'Ouée, en Ille-et-Vilaine’, et c'est lui qui, en élé, pour se désaltérer, met à sec un bassin de deux cents mètres de diamètre que l’on voit près de Champignellesf. Les marais poitevins sont des terrains conquis sur la mer par des desséchements successifs qui remontent au XII siècle; le peuple frappé de cette disparition des eaux, essaie de l'expliquer en disant qu'autrefois le géant avala d'une gorgée toutes celles qui couvraient cette partie du Poitou *.

1, Gaston Jourdaune. Contribution au Folk-Lore de l'Aude, p. 230. Ce désastre a eu liéu en 1279.

. J.-J. Cnristillin. Dans la Vallaise, p. 71-72. . E. Chanal. Voyages en Corse, p. 19.

. Ch. Thuriet. Trad. de la Haute-Saüne, p. 19. . Paul Sébillot. Gargantua, p. 81.

. C. Moiset. Usages de l'Yonne, p. 99.

. Léo Desaivre, in Revue des Trad. pop., t. II, p. 186,

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On parle quelquefois dans la Charente, de marais ou d’étangs si profonds que le diable lui-même ne peut parvenir à les combler. D'énormes dépressions de terrain qu'on appelle des fosses, existent dans la forêt de la Braconne, près d'Angoulême. Chacune a sa légende ; voici une des plus curieuses. Un jour le diable se rendit à Agris et demanda aux Agritands de se soumettre à lui. Ceux-ci refusèrent, mais après réflexion, ils lui promirent de le faire s'il parvenait, avant le chant du coq, à combler la Grande-Fosse de la Braconne. Le diable y consentit et se mit immédiatement à l'œuvre. Mais à mesure qu'il apportait une hottée de terre, l'eau l'entrainait et le fond paraissait toujours, et cependant le diable apportait de belles hottées. Au premier chant du coq, le trou était toujours béant, et le diable se retira, honteux et coufus, voyant bien qu’il n'y avait rien à faire avec une population plus fine que lui‘.

Plusieurs dictons constatent le danger auquel seraient exposées les contrées du voisinage s'il se produisait des ruptures dans la chaussée

des étangs :

Pe dé ha berein er Pelinec Kenevo de Houarec.

Si l'étang de Pelinec (qui alimente le Blavet à St-Nicolas du Pelem), venait à se vider, adieu Gouarec.

Pe de ha lorrein er Pont Kenevo de Bondy ha de Houarec Ha de Sant Nicolas bet er veinet.

Si le pont de l'étang de Glomel se brisait — adieu Pontivy et Gouarec,

— adieu saint Nicolas (en Pluméliau), jusqu’au cimetière?. Ma vankfe chausser ar Vrezall, Landernez, pakit ho stall.

Si la chaussée de Brézall vient à manquer — Gens de Landerneau,

faites vos paquets *.

Si la Rieu cassait Tout Jugon serait nié (noyé)

La Rieu est la chaussée d'un étang situé au-dessus de Jugon, et l’on raconte qu'autrefois, il y avait toujours sur celle de Beaulieu, un cheval sellé et bridé, près duquel se tenait un cavalier, afin d'avertir les habitants de la vallée si les eaux venaient à détruire la levée. Cette obligation était imposée pour son bail au meunier des Grands-Moulins, sur la chaussée de l’Etang au duc de Ploermel, pour porter la

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