‹ Le folk-lore de FranceChapitre 364 sur 403 · REVENANTS SOUS FORME ANIMALE · texte numérisé non relu

REVENANTS SOUS FORME ANIMALE

à la raison les enfants indociles, n’ont qu’à les menacer de les conduire au Beugle de Saint-Coulman pour les voir. soumis et tranquilles. On ne dit point sous quelle forme il se présente, mais il sort de l’abîme quand la nuit est noire, et emporte tous les mauvais sujets qu'il rencontre, choississant les enfants de préférence aux hommes. Ceux qui ont quelque chose à se reprocher sont perdus si, quand il passe ils n'ont pas soin de faire le signe de là croix ; le monstre les entraîne et les jette dans la Mare maudite, d'où ils ne reviennent jamais !.

Des morts sont condamnés à accomplir une pénitence, parfois sous forme animale, dans les marais très dangereux que l’on voit au pied du mont Saint-Michel de Braspars (Finistère); à la fin du XVIII siècle, on disait en proverbe, quand un avare avait cessé d'être: le diable l'a jeté dans les fondrières de Gunelé. On se persuadait peu d'années auparavant que des êtres coupables, métamorphosés en barbets noirs, étaient menés jusqu'à Braspars. Le curé confiait le chien à son valet qui le conduisait dans un lieu retiré. Le chien disparaissait en ce moment ; la terre au loin tremblait, des feux s'élevaient du sein des rochers, le ciel couvert d'affreux nuages fondait en grêle, le tonnerre grondail?. D'après Souvestre, ces marais étaient hantés par des âmes en peine qu'on entendait la nuit gémir tristement, et les gens assuraient qu'elles y faisaient leur prière du soir. Ces âmes y ont élé amenées par des espèces de démons à figure humaine, vêtus de toile blanche, qu'on appelait des conducteurs d'âme ; si l'ange gardien du moribond ne se tronvait pas au lit funèbre au «moment où il expirait, l'homme blanc enfermait l'âme dans son bissac, et allait la jeter dans les marais de Saint-Michel où elle restait jusqu’à ce que des messes et des prières l’eussent délivrée *.

Les enfants morts sans baptême se montrent aux passants dans divers endroits. (Cf., t. I, p. 49, 148, 249), pour leur demander de les baptiser ; aussi est-il assez naturel de les rencontrer dans le voisinage des eaux, attendant l'âme charitable qui voudra bien leur rendre ce service. Une tradition des environs de Dinan présente une donnée un peu différente ; suivant elle, ils sont condamnés à se tenir sur le bord d'une grande mare ; ils battent l’eau pour essayer de s’en jeter des gouttes sur la tête ; S'ils pouvaient y réussir, ils seraient pour ainsi dire baptisés ; mais leurs petits pieds sont mal assurés, et comme à chaque pas, ils croient glisser, ils essaient en vain de se tenir debout, et ne peuvent parvenir à se jeter de l'eau‘.

Elvire de Cerny. Saint-Suliac el ses traditions, p. 61-68. . Cambry. Voyage dans le Finistère, p. 134.

. E. Souvestre. Derniers Brelons, t. 1, p. 39. . Lucie de V. H., in Revue des Trad. pop.,t. XIV, p. 15,

Page 1