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LES DIAMANTS DES SERPENTS

mais en mème temps si fine, si agile, qu'il est impossible de la tuer ou de la prendre’. On conte à Rochefort-en-Terre (Morbihan) qu'une nuée de corbeaux s’abat chaque année, la nuit de la Toussaint, autour d’une vieille mare appelée le Patis de l'Etang, et que ces corbeaux ont tous une physionomie distincte, dans laquelle on retrouve fort bien les traits de parents défunts, morts en état de péché mortel ?.

Pline a rapporté avec une cerlaine précision une croyance qu’il regardait comme particulière à la Gaule, et qui s’y est, avec ‘des modifications de détails, assez bien conservée. Pendant l'été, une quantité énorme de serpents se réunissaient en boule, s'étreignaient et se collaient lés uns aux autres au moyen de la bave et de la sueur qui suintaient de leurs gueules et de leurs corps, et ils formaient ainsi l'œuf de serpent, renommé par ses vertus merveilleuses *. D’après plusieurs traditions contemporaines, les reptiles n'ont pas cessé de s'assembler pour confectionner, non plus un œuf magique, mais une pierre inestimable. Voici comment celte opération sé faisait, il y a un siècle : Les couleuvres, les serpents el les anvots de la Sologne se réunissent en un seul monceau, tous entassés ensemble, de manière que la masse fait un volume plus gros qu’un poinçon. Quand ils sont ainsi rassemblés sur les bords d'un étang situé entre Ardon et Jouy, ils travaillent ensemble à la formation d'un gros diamant. Chacun dégorge une espèce de liqueur très brillante qu'il a sous la langue. Les deux plus habiles ou reconnus tels parmi eux, recoivent cette liqueur qui se congèle. Ils la pétrissent, et la besogne faite, chaque animal se traine sur le diamant qu'il polit par le frottement de son corps et se retire dans l'étang. Le dernier d’entr'eux le jette dans l’eau où il reste Jusqu à ce que quelquefois quelqu'un le trouve en pèchantt,

On croyait aussi en Berry, à une époque plus récente, à l'assemblée annuelle des reptiles fabricateurs de pierres précieuses. Une légende, dont on place la scène tantôt à Lacs dans l'Indre, tantôt au milieu de l'étang de Villiers dans le Cher, raconte qu'un bücheron s'étant rendu pour couper du bois dans une fie, vit des serpents qui formaient une énorme boule ; elle se mouvait lentement et au-dessus brillail un point lumineux qui grossissait à vue d'œil. Les serpents se dipersérent et il n'en resta plus qu'un, le plus grand de tous, qui avait sur sun front un énorme diamant. Il s’avança vers le rivage, déposa son Joyau sur le gazon, et le reprit après avoir bu avidement et longtemps.

1: D. Mounier et A. Vingtrinier. Traditions, p. 6174. . E. Herpin. Lu côte d'Emeraude, p. 456.

. Pline. Hisl. naiurelle, 1. XXIX, €. 1.

. Legier, in Mém. de l'A. Celtique, t. W, p. 215.

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khh4 LES EAUX DORMANTES

Le bücheron ne pensa plus qu'au moyen de s'emparer de l'objet merveilleux. Il fit un grand et solide tonneau, muni d'une porte qu'il pouvait ouvrir et fermer à volonté, il le hissa dans son bateau el se rendit à l'ile. Il passa longtemps sans rien voir ; mais un an et un jour après la première apparition, les serpents reparurent et se mirent, comme précédemment, à fabriquer leur diamant, que le plus grand prit sur sa tête et qu'il déposa pour aller boire. Le bûcheron qui guettait s'empara du diamant, el s'enfuit dans son bateau. Mais le serpent ne le poursuivit pas, car en lui enlevant le diamant, le bûcheron l'avait aussi privé de la vue, et il arriva sain et sauf à sa cabane . Suivant une tradition forézienne, au sujet de laquelle il y à lieu de faire des réserves, tout au moins quant au nom du héros, Jacques Cœur avait commencé sa fortune en dérobant, par une ruse analogue, le diamant merveilleux d’un serpent apparenté aux vouivres des fontaines et des eaux courantes. Jacques Joli Cœur était fils de gens assez pauvres, qui vivaient à Bourges et vendaient de la laine dans les foires. Ses parents, ne pouvant le nourrir, l'envoyèrent faire son tour de France. Joli Cœur apprit qu'auprès de l'étang de Boisy vivait un serpent qui portait sur la tête une bague magique. C'était un diamant éblouissant, et celui qui aurait pu le posséder acquerrail le pouvoir de changer en or tout ce qu'il aurait touché. Le serpent, qui avait quarante pieds de long, déposail tous les soirs son diamant avant de se coucher. Avec deux écus, sa seule fortune, Joli Cœur fit construire un tonneau cloué et chevillé, la pointe en dehors ; il le roula près de l’élang, et le dressa au milieu d'un beau drap blanc, afin que le serpent vint dormir dessus. Le serpent ne manqua pas de s'y endormir. Joli Cœur saisit la bague et se cacha dans son tonneau. La serpe qui reniflait la chair de bon chrétien, se roula contre le tonneau, mais les pointes s'enfoncèrent dans sa chair et il creva. Joli Cœur, avec son anneau

devint plus riche que le roi*.

Les dragons qui répandaient la terreur dans tout un pays, el dont parlent lant d'anciennes légendes, avaient souvent leur repaire dans les marais. Beaucoup furent détruits par des saints dans. des circonstances miraculeuses, racontées longuement par les hagiographes. Un des plus célèbres est celui qui vivait dans les marécages aux environs de Rouen : il surprenait les hommes et les dévorait, il tuait les chevaux et corrompait l'air par son haleine pestilentielle. Saint Romain, ayant fait le signe de la croix, lui passa une étole autour du cou, et le donna

1. Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. 1; p. 203-201. 2. F. Noëlas. Légendes foréziennes, p. 6-13.

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