LES PERSONNAGES ET LES OBJETS ENGLOUTIS
Aïnsi qu'on a pu le voir au commencement de cette monographie, des personnages inhospitaliers, méchants ou impies, disparaissent dans
1. Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p. 406-407; Cf. Alfred Maury. Essai sur les légendes pieuses, p. 144-5,
- George Sand. Légendes rustiques, p. 113.
D' Pommerol, in Rev. des Trad. Pop., t. XII, p. 551. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises, p. 157-158. Prince Roland Bonaparte. Une excursion en Corse, p. 27. + Velay et Auvergne, p. 8.
des lacs, dans des étangs ou dans des mares qui se forment tout exprès pour les engloutir. Dans les légendes qui suivent, la catastrophe, généralement motivée par des acles coupables, a pour théâtre des pièces d'eau bourbeuse ou des marécages déjà existants, d'où les victimes sortent parfois, ordinairement à l'anniversaire de leur engloutissement, et accomplissent des actes qui rappellent ceux qu'ils faisaient au moment où ils furent punis. Il y a un peu plus de deux cents ans, une nuit de Noël, un financier se rendait avec sa famille à un château près d'Auxi, aux bords de l'Authie, où devaient avoir lien des réjouissances. Pour arriver à temps, il avait fait mettre qualre chevaux à sa voiture, et chaque couple était conduit par un postillor. Ils venaient de s'engager dans un chemin qui, à travers un vaste marais, conduisait au château, quarid un vent très fort éleignil tous les falots, et le carrosse se trouva dans une obscurité complète. Tout à coup l'on aperçutune pelile lueur. Le financier pensa que c'élait quelque paysan qui revenait de la messe. IL ordonna à ses postillons de se diriger de ce côté, mais Dieu avait résolu de punir cette famille qui ne tenait aucun compte de la sainteté de la nuit : la lumière aperçue était un feu follet. Soudain les chevaux du devant enfoncent dans la boue, le postillon leur donne de vigoureux coups de fouet ; ils avancent et tout le reste de l'attelage les suit ; mais bientôt la voiture disparaît dans la fondrière et tous ceux qu'elle contenait sont noyés. Il n ÿ eut à s'échapper que le courrier qui précédait le carrosse, et qui avait résolu d'assister le matin à la messe. Il apporta la nouvelle au château, et on tenta de sauver les victimes ; mais les plus longues perches ne pouvaient atteindre le Fond de l'endroit où l'équipage avait été englouli. Les voisins du marais disent que la nuit de Noël le carrosse conservant son éclat, avec ses chevaux, son monde vêtu pour la fête, sort des eaux el fait le tour du marécage. On entend le claquement des fouels, le galop des chevaux, puis tout rentre dans la fondrière 1 On raconte dans une région voisine qu'un fermier qui revenait en cabriolet d'une ducasse fut assez téméraire pour s'aventurer, la nuit du réveillon, dans les marais de la Brüle, non loin de Béthune, aux environs du Trou sans fond, et il disparut dans le gouffre. Chaque année, la même nuit, au moment où l'on entend sonner l'heure au clocher voisin, Lout revient à la surface de l'eau pour n’y rester qu’un instant el disparaître ensuite ?.
Un seigneur fut englouti avec sa voiture, ses chevaux et ses gens dans les Fosses de Chauvigny, où s'ouvrent des gouffres profonds ; à certain jour de l’année, avant l’aube, on le voyait dans son carrosse, trainé par des chevaux blancs, et accompagné de son cocher et de son
1. Comte de Beaulaincourt, in Revue de linguistique, t. XILE, p. 161-178. 2, Francois Lefebvre, in Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 616,
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