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laquais, faire le tour de la præirie. Aux premières lueurs de l’aurore, tout l'équipage s'évanouissait dans l'abime *.
D’après une légende de Saviange (Saône-el-Loire), une jeune fille noble, nommée Huguette, étant montée en voiture pour épouser un jeune homme qu'elle n'aimait pas, fut entrainée par ses chevaux dans les chemins dangereux de la forêt et précipitée dans la fondrière dite Le Creux de la Foudre, dont la profondeur n'a jamais été atteinte. Depuis on l’a vue souvent dans le voisinage, à minuit sonnant, parée de ses habits de noce et sous l'aspect d’une grande dame blanche?, On sait que les habitants du voisinage dés lacs prétendent voir sous leurs eaux les débris des cités englouties : un trait parallèle figure dans une légende du Velay. Jadis les bœufs d'un paysan qui labourait sur le plateau qui avoisine le Gour d’Enfer, pris de peur, s’emportèrent el roulèrent au fond du gouffre, entraînant l’araire et le laboureur dont la main n’avait pu se détacher de la charrue. Vainement on essaya de les retirer, Mais quand le soleil brille d'un vif éclat, et qu'aucun souffle ne ride la surface de l'eau, on peut apercevoir au fond de l’eau un objet poli qui semble refléter la lumière : c'est l’araire : on
distingue aussi deux masses noires et une face blanche, l'homme et les
bœufs *.
A l’époque de la fauchaison, le calme des nuits est souvent troublé, aux environs du pré de la Font Compain, par des cris de laboureurs en péril qui excitent et gourmandent leurs bœufs, puis on entend des voix désespérées, des sanglots, et des lamentations de femmes et d'enfants. C’est là que s'enfonça jadis, dans une fondrière, une charrelte chargée de foin, avec tout son attelage et ceux qui poussaient aux roues *.
Une série assez nombreuse de récits populaires raconte, avec des circonstances merveilleuses, les méfaits des fondrières, C'est le grossissement, on pourrait presque dire la charge — car ceux qui les racontent n'y croient pas toujours, — d'accidents qui ont pu se produire à la queue des élangs, ou dans les prairies humides. IL s’y trouve en effet, au-dessus de couches d’eau plus ou moins profondes, des terrains mouvants qui s'affaissent quand un corps un peu lourd passe dessus. Un écrivain du XVI* siècle rapporte sous une forme facétieuse, un de ces engloutissements, En Normandie, une mare nommée Crouleuse existait entre Massy le Gros et les Abbatis, et on nel’avait jamais vue sèche, quelle que füt l’ardeur de l'été: Il advint
. C. Moiset. Usages etc. de l'Yonne, p. 90.
. L. Lex, in Rev. des Trad. pop., t: XVII, p. 309.
. Velay el Auvergne, p. 39-40,
. Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. 1, p. 94-95.
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un jour qu'auprès d'icelle passoit quelque train, apres lequel suivoit assez loin derriere un cocher conduisant ses chevaux traisnans une coche, dedans laquelle estoient trois belles Damoiselles. Et par la grand'chaleur du jour, lesdits chevaux approchant de ladite mare voulurent boire, au moyen de quoy ledit cocher monté sur le devant de ladite coche, les y conduit, mais y estant entrez, les Damoiselles et les chevaux tous fondirent en un moment dedans icelle, de sorte qu’on ne sceut que tout devint. Les gentilshommes se mirent à crier au secours. el les simples gens moissonnant les bleds aux champs ayant entendu le fait dirent aux gentilshommes que ladite mare estoit fort perilleuse, et que dedans icelle plusieurs autres, tant gens que bestes, y estoient peris et abysmez. Apres ce discours les gentilshommes se désoloient, lorsque survint un homme qui ayant appris le sujet-de leur chagrin, leur dit: Messieurs, je viens de rencontrer à une demie lieuë d'ici, en la vallée de Hanval, la coche et le cocher, les Damoiselles et les chevaux de quoy vous vous lamentez; parquoy cessez votre deüil. Les Damoiselles et les chevaux m'ont prié, si je rencontrois deux gentilshommes leur dire qu'ils se hastassent les aller trouver.
Sous une forme plus rustique on à relevé de nos jours des histoires qui rappellent les traits essentiels de ce vieux récit. Dans la partie centrale de la Haute-Bretagne on donne le nom de fournéouêres, que l’on peut traduire par tourbillons, aux fondrières et aux trous isolés et pleins d’eau au milieu des prairies, et qui passent pour n’avoir point de fond. On assure que bêtes et gens y ont disparu sous la vase, ou dans des espèces de canaux souterrains, et sont allés, après un long trajet au-dessous du sol, reparaître à des distances parfois considérables. Des tournéouères vont du Gouray à Dinan, qui en est éloigné de plus de cinquante kilomètres: c'est dans le voisinage de cette ville qu’on retrouva un bâton marqué jeté par un paysan, et un bœuf qu'un enlisement avait englouli; un taureau qui courait après une vache tomba dans une lisoire voisine de Collinée, et tous deux s’attirèrent, sans avoir eu le moindre mal, dans une prairie auprès de Nantes?: Un puits profond, dit Puits de la Motte, dans l'étang marécageux de Lohéac communiquait avec la Vilaine. Un jour un charretier qui conduisait quatre bœufs y tomba et fut retrouvé avec son attelage à Redon, dans Ja rivière*. Une paire de bœufs ensevelie dans une espèce d’entonnoir plein d'eau, en forme de cratère, que l’on remarque à Lieut-Saint, gagna Decize par des conduits souterrains et vint aboutir à la Loire“.
. 4. Philippe d’Alcripe. La nouvelle fabrique des excellens traits de vérité. Bibl. elz. p. 110-112.