S 10. LES BRUITS SOUS L'EAU ET LES TRÉSORS
Suivant des traditions communes à beaucoup des eaux dormantes qui passent pour recouvrir des villes englouties, les riverains entendent, à certaines époques de l'année, mais presque toujours au moment des grandes fêtes, le son des cloches qui sortent de leurs profondeurs. Il semble que les cités gisent sous la couche liquide, non pas bouleversées et ruinées, mais presque dans l'élat où elles se trouvaient au moment où elles disparurent. Il en est même que l’on peut apercevoir à travers la transparence des eaux, comme celles que la mer a ensevelies : les églises sont encore debout, et quelquefois, à l'instant où les cloches carillonnent pour annoncer les solennités chrétiennes, de mystérieux sonneurs mettent en branle celle des cités maudites.
Ces sonneries lacustres, auxquelles le peuplé prête une origine surnaturelle, sont dues à un phénomène d'acoustique que Thomas de Saint-Mars observaà la fin du XVIII*siècle, etqu'ilexpliquetrèsclairement dans un mémoire adressé à l'Académie Celtique : On dit que tous les ans, dans la nuit de Noël, on entend sonner les cloches d'Herbauge au milieu du lac. Quelques personnes qui ne s'étoient probablement pas données la peine d'approfondir d'où provenoit ce son, m'ayant assuré l'avoir entendu plusieurs fois, je voulus être témoin moi-même de ce phénomène. Malgré tout mon amour pour le merveilleux, pardonnable peut-être à l'âge où je fis cette épreuve, je portai dans cet examen assez de sang-froid pour n'être pas dupe de la première impression de mes sens. À onze heures du soir, dans la nuit de Noël 1780, je me rendis sur le bord du marais. Une demi-heure après mon arrivée, jentendis très distinctement le son de cloches. Ce son paroissoit comme on l'avait dit, sortir du lac. Je ne pouvois croire qu'il fût produit par des cloches ensevelies sous l’eau depuis 1.200 ans, en supposant même qu'il y eût des cloches à Herbauge. Je cherchai, en prenant diflérentes posilions, à détruire cette illusion d'acoustique, et je réussis