Abbé L. Dardy. Anthologie de l'Alb‘et, t. 11, p
à me convaincre que ce son n'étoit autre que celui des cloches de la Cathédrale de Nantes, qui dans le silence de la nuit, traversoil les airs sans obstacles au dessus du lac. Je fis part de ma découverte, que j'ai eu depuis plusieurs fois l’occasion de confirmer, non seulement dans la nuit de Noël, mais tous les jours de grande fête. Ce fut en vain, mes crédules compatriotes n'en sont pas moins persuadés que ce son étoit celui des cloches d'Herbauge'. On peut ajouter que ces carillons se font surtout entendre à deux époques de l'année, entre la Toussaint et Noël, alors que les arbres, dépouillés de leurs feuilles, ne font pas obstacle à la propagalion du son, et pendant les nuits si calmes du solstice d'été.
La plupart de ces sonneries coïncident en effet avec celles qui sont en usage pour annoncer lors des grande fêtes catholiques, surtout avec celles de la fin de l’année et elles n’en sont, la plupart du temps, que l'écho.
Aux environs de Fougères, où presque tous les étangs un peu considérables passent pour recouvrir des villes submergées, les cloches carillonnent la nuit qui précède les grandes solennités, et parfois l’on voit même émerger une pointe de clocher; en Dauphiné, l'on avait remarqué, ‘il y a longtemps déjà, que le son des cloches englouties se faisait entendre les veilles et jours des meilleures fêtes*®. Il en est de même de celles d'une ville ensevelie sous les eaûx de l'étang du Lou-du- Lac près de Montauban {Ille-et-Vilaine) de la cité de Coetma à Conquereuil (Loire-Inférieure), de celles du bourg que recouvrent Îles eaux du lac du Bouchet en Velay, d'une église qui gît au fond de la mare de Vercia (Haute-Saône), des cloches enlevées à la paroisse de Mhère et jetées dans un précipice appelé la Gaussade *.
Dans plusieurs pays on précise l’époque où ces carillons semblent sortir du fond des eaux. À Noël deux cloches sonnent à toute volée sous la Mare Rouge à Relans, pour annoncer l'heure de minuit, et l'on entend, à ce même moment, celles de Radenac{Morbihan)enfouies dans une sorte de fondrière, celles de la Mare Sonnante à Balaiseaux (Haute-Saône), du Vieux Briouze, et du couvent de Flers, englouti sous un lac en punition de l'impiété des moines : c'est seulement pendant celle heure où ils sont occupés à faire retentir de pieuses sonneries, que ces damnés obtiennent quelque rémission à leurs tourments®. La cloche du Creux