‹ Le folk-lore de FranceChapitre 379 sur 403 · PEUR ESTONIE EN IN IRENERRREP STE PERTE RS · texte numérisé non relu

PEUR ESTONIE EN IN IRENERRREP STE PERTE RS

de l'Abime sonne pendant les Avents; mais pour l'entendre, il faut être en état de grâce; voici comme elle se trouve là : Un bouvier qui amenait sur sa charrette une cloche destinée à la chapelle de la Certenue se trouva embourbé dans une fondrière ; mais ayant piqué ses bœufs et les ayant dégagés par une vive secousse, il s'écria : « Que Dieu veuille ou non, nous voici hors d'accident ! » A ces mots, la cloche sautant du char alla s'enfoncer d'elle-même dans la vase ; en vain on essaya de la retirer ; elle s'y enfonça de plus en plus et finit par y disparaitre".

Quelques-unes des sonneries dont parle la tradition ne correspondent pas à des carillons réels. C'est ainsi que les cloches d’une ville dont les ruines gisent dans les bas-fonds du lac de Saint-Andéol {[Lozèrel sont mises en branle la nuit de la Saint-Jean pendant qu'on danse autour des feux ; en même temps, le cortège infernal de la magie, porté sur une nue au flanc noir sortie du lac, s'arrête sur quelque rocher où l’on voit loujours sur la surface l'empreinte des pieds des magiciens *?. Chaque année, à miouit, le jour de la Toussaint, on entend le son des cloches d'une cité maudite engloutie dans le gouffre de Tazenat (Puy-de-Dôme)*.

Suivant une légende de l'Ille-et-Vilaine, des cloches ensevelies sous les eaux du lac de Murin, ne résonnent qu'à l'approche de grands malheurs ou d'évènements extraordinaires ; il y a longtemps qu'elles sont en ce lieu. Après avoir pillé la ville de Rennes, les Normands descendaient la Vilaine sur leurs barques chargées d'un énorme bulin, parmi lequel se trouvaient les cloches d'argent de l'église Saint-Mélaine, Lorsqu'ils arrivèrent sur le lac de Murin, en face du village de Plat où le grand saint était né, il obtint du ciel que ses chères cloches n'iraient pas plus loin. La Vilaine crut subitement et une tempête fit chavirer les barques des Normands qui furent, pour la plupart, écrasés sous les cloches ou noyés. Ces cloches réapparaitront pour s'envoler à Rennes, lorsqu'un roi‘de Bretagne en aura à jamais chassé tous les étrangers *. Quand j'ai publié cette légende en 1897 dans la Hevue des Tradilions populaires, je ne l'ai accompagnée d'aucune réserve, et celle qu'il me semble juste de faire aujourd'hui ne vise päs le collaborateur qui me l'avait envoyée; j'ignorais alors les idées que des lettrés ou des politiciens ont maänifestées quelques années plus tard, et qui préconisent la conception moyennâgeuse d’une Bretagne indépendante. Je n'ai alors considéré que la tradition elle-même, que j'ai trouvée

. J.-G. Bulliot et Thiollier, La Mission de saint Martin, p. 309.

. Dr Prunières, in Mémoires de la Soc. d'Anthrapologie, t. HI, p.356, 3. D' Pommerol, in l'Homme. 1887, p. 465.

4. Mis de l’Estourbeillon, in Rev. des Trad. pop., t. XIT, p. 589-590.

assez poëlique pour la développer en vers dans un de mes volumes. Si la première partie est vraisemblablement d'origine populaire, on ne peut en dire autant du trait final, et il est probable qu'il a été mis en circulation comme la chanson-pastiche des Sabots de la reine Anne, comme celles où figure du Guesclin, par des élèves altardés de La Villemarqué et de l'école romantique.

D'autres cloches qui carillonnent se trouvent sous les eaux à la suite de circonstances que l’on connaît dans le voisinage. Celle qui sonne parfois au fond de l'étang de Kerprigent en Saint-Jean-du-Doigt (Finistère) est celle de la chapelle du château que le diable a enlevée du clocher un jour que, déguisé en prêtre, il avait commencé à y dire la messe. Quand il étendit la main vers le tabernacle, un coup de tonnerre se fit entendre, et au lieu du prêtre on vit un grand homme noir, qui, à l'approche du chapelain, se changea en chauve-souris afin de sorlir, puis reprit sa forme pour emporter la cloche ?,

On raconte à Neuville Day qu'une famille noble émigrant, à une époque lointaine, avail entassé sur de lourds chariots toutes ses richesses, sans oublier les cloches du donjon et de la chapelle. En traversant des marécages qui entourent la ferme de Beaufuy, les chariots s'embourbèrent, puis s'enfoncèrent si profondément qu'il fut impossible de les relirer. Ils y sont encore et les enfants qui vont faire pàturer leurs bestiaux dans les prairies voisines ne manquent pas de fouiller profondément la vase avec de longues perches, et pour peu qu'ils rencontrent un obstacle, ils s'écrient : « Ah ! les cloches du seigneur! » Parfois même ils les entendent sonner ?.

La tradition parle aussi d'animaux ensevelis avec les villes ou les villages qu'ils habitaient, et qui crient ou chantent à certains jours ; on en a déjà vu quelques exemples. Tous les ans, à minuit de Noël, le coq du village jadis englouti au fond du lac de Narlay chante sous ses eaux ; à la même heure, le soir de la Toussaint, le chant du coq monte à la surface du Gour de Tazenat, et cette nuit, on entend à la fois sous la Laguë de Xaintrailles le chant du coq, le braiement de l’ane et le tic-tac du moulin qui fut détruit à pareil anniversaire, à cause du mauvais cœur de ses habitants ‘.

Les eaux dormantes figurent en bon rang dans la nombreuse catégorie des endroits qui récèlent des trésors : le plus habituellement

. Paul Sébillot. La Bretagne enchantée, p. 26.

. Elvire de Cerny, in Journal d'Avranches. Mars 1861.

. A. Meyrac. Tradilions des Ardennes, p. 321.

. Ch. Thuriet. Trad. de la Haute-Saône, p. 243 : D' Pommerol, in l'Homme 1887, p. 465; Louis Fargue, in Rev. des Trap. pop. t. XVI, p. 434.

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