LES TRÉSORS
elles recouvrent des objets précieux ou des espèces monnayées, ei cette croyance n'a rien de surprenant dans un pays où jadis les Gaulois jetaient des richesses dans les lacs, soit pour les y conserver, soit pour les offrir à des divinités. :
Strabon rapporte que les habitants des environs de Toulouse avaient caché beaucoup de trésors emportés par eux après leur retraite de Delphes, dans les lacs qui se trouvent près des villes ; ilsles regardaient comme des lieux particulièrement sûrs où ils jetaient leur argent ou même leur or en lingots. Suivant Justin, ces richesses furent lancées dans le ‘lac de Toulouse au moment d’une peste ‘, Il semble que cette tradition s'était conservée jusqu’à une époque assez récente : Au XVII: siècle, on montrait près de l’église Saint-Saturnin l'emplacement du lac dans lequel avait été jeté le trésor de Delphes ?.
D'après les légendes actuelles la plupart de ces trésors appartenaient à des seigneurs qui, se voyant vaincus, ont voulu les soustraire à la rapacité de leurs ennemis. Parfois on connnaît par le menu les circonstances dans lesquelles ils furent enfouis: celui de l'étang de La Motte-du-Parc, près du Gouray (Côtes-du-Nord) y fut précipité par accident un jour que le cheval attelé à la charrette qui le portait recula dans l'eau et y disparut: suivant une autre version le baron de La Motte se voyant près d’être forcé dans son château, fit charger toutes ses richesses sur une charrette qu'il donna à conduire à son domestique : celui-ci ne voulut pas monter dessus, parce qu'il savait que l’on passerait sur une fondrière ; son maitre allait le tuer pour le punir de sa désobéissance, quand il fut lui-même atteint par une balle, et le cheval qu'on laissa aller à sa guise fut englouti dans l'étang avec sa charretée d’or. À Sainte-Colombe, le seigneur a jeté au fond du lac un tonneau rempli d'or; une barrique d'or est au milieu de l'étang du château de Montauban de Bretagne, si profond que les plus longues perches ne peuvent en atteindre la vase’. En Franche-Comté des trésors que l'on voulait empêcher de tomber au pouvoir de l'ennemi ont été précipités dans le lac d’Antre *. Lorsque le château d’Aiglemont fut sur le point d'être pris par les bandes valaisannes, une des filles du châtelain se hâta d’enférmer dans un coffret de fer ce qu’elle avait de plus précieux, et s'enfuyant par le côté opposé de la vallée, elle le lança dans le lac de Chavonnes *, |
1. Strabon. Livre IV, 132 ch., trad. Cougny ; Justin, 1. XXXIII ch. 3. Cet auteur a abrégé Trogue Pompée, qui était Gaulois d’origine et pouvait avoir connu cette tradition.