‹ Le folk-lore de FranceChapitre 67 sur 403 · VILLES ENSEVELIES SOUS LES DUNES · texte numérisé non relu

VILLES ENSEVELIES SOUS LES DUNES

des fleurs blanches au cœur d’or appelées herbes de crapauds, sont fréquentées par des lavandières de nuit, qui, de même que celles de la terre ferme, brisent les bras des passants qui acceptent de leur aider à tordre le linge, et les emportent on ne sait où".

Un esprit d’une nature assez vague hantait l'étang de Poul er Guib (étang du revenant) à Plouharnel, à peu de distance de la mer. Il-se plaisait à provoquer à la lutte ceux qui passaient la nuit dans le voisinage ; celui qui acceptait le pari était sûr de s'égarer ou d'être jeté par dessus les haies et les fossés, ou même d’être noyé au fond de l'étang. Quand la tempête soufilait avec violence, on entendait le Guib pousser des cris plaintifs comme ceux d'un être qui implore du secours ; quelquefois, par beau temps, il criait aux paysans de venir chercher du goémon à la côte. S'ils y venaient, ils n’en trouvaient pas, et le lutin les raillait et se mettait à rire à gorge déployée*.

Les sables amoncelés sur le rivage recouvrent, comme les flots, des cilés maudites, dont les légendes rappellent celles, beaucoup plus nombreuses et plus détaillées, qui s’attachent aux villes que la mer a englouties. La vengeance céleste a aussi été motivée par les mêmes actes coupables, manquement aux devoirs de l'hospitalité, corruption ou impiété, et elle se produit dans ces circonstances assez semblables, Les paysans de la Vendée appellent Belesbat le territoire qui relie Jard à Saint-Vincent. Belesbat, ou la ville du plaisir, attirait par ses fêtes une multitude d'étrangers ; mais un grand nombre y trouvaient la mort. Un jour un pauvre pêcheur affamé va frapper à l’une des portes de la ville. Il est recu à bras ouverts par les gardiens et conduit, à travers des salles resplendissantes, jusqu’au lieu où un banquet l'atlendait. Mais lui, il suit d’un œil attentif les pas et les démarches de ceux qui lui offrent en apparence une si généreuse hospitalité. Resté seul un instant, il entr'ouvre une porte dérobée qui le conduit dans de vastes cours environnées de hautes murailles. Il y voit des bras et des jambes coupés par morceaux, des cadavres mutilés et des crânes sanglants. Il recule d'horreur, et, pour échapper au danger qui le menace, il va trouver ses hôtes et leur dit qu’il a oublié ses filets, qui sont toute sa fortune, qu’il court les ramasser pour les mettre en lieu sûr à Belesbat. On le laissé partir, et lui s'enfonce aussitôt dans la forêt, où il pousse des cris d'alarme et fait appel à toutes les autorités divines et humaines. On accourt : la ville est cernée, envahie, et mise à feu et à sang, tandis que les pontifes profèrent:l'anathème contre ses habilants. A la voix des ministres de la religion, la mer entre en fureur, et vomit

1, Dr Viaud-Grandmarais, in Le Chercheur de l'Ouest, mai 1901, 2, Abbé Collet, in Rev. des Trad. pop.,t, ÆVI, p, 396,

sur Belesbat une pluie de sable qui achève sa destruction. Depuis lors, le génie de la mort n'a cessé de planer sur ses ruines, et les chardons et les ronces croissent sur ses remparts renversés. Les fradets sont maintenant les seuls êtres qui l’habitent et ces lutins veillent à la conservation des immenses richesses qui y sont enfermées".

Il y a une quarantaine d'années, on voyait encore émerger au milieu des dunes le coq du clocher d’Escoublac (Loire-Inférieure). Les habitants de ce village, autrefois grand et florissant, s'étaient enrichis en faisant le commerce du sel ; mais ils étaient devenus corrompus. Une nuit, on entendit une voix qui les avertissait de se convertir promptement. Ils ne l’'écoutèrent pas ; l'Océan couvrit tout le village, et en se retirant, il le laissa enseveli sous une montagne de sable. On raconte aux environs que, longtemps après la catastrophe, on entendait encore sonner les cloches de son église?. En Vendée le terrain occupé par les dunes de Longeville formait jadis une cité: un déluge de sable l’engloutit, et depuis, surtout à la veille des grandes fêtes, on a toujours entendu dans un lieu désert appelé Casse à la perdrix, trois coups qui sortent de dessous terre et se succèdent dans l'intervalle de quelques secondes, comme trois coups de canon *.

Des traditions localisées dans le nord du Finistère, parlent de cités perverses que les sables sont venus recouvrir, et qui ne semblent pas bouleversées de fond en comble, ou englouties à jamais. Lors de quelques nuits privilégiées, la lourde chape sablonneuse qui recouvre leurs édifices s'écarte, et les trésors et les talismans cachés pendant le reste de l’année peuvent être pris par les aventuriers audacieux et habiles. Voici les deux versions que Souvestre donne de cette légende : Près des rives de la Lew Dréz, ou lieue de grève, avait autrefois existé une cité opulente, maintenant ensevelie sous les dunes. Tous les ans, à la Toussaint, s’ouvrait dès le premier coup de minuit, une porte qui conduisait à une salle éclairée où se trouvaient les trésors de la ville morte ; mais au dernier tintement de l'horloge, les lumières s'éteignaient, la porte se refermait avec un grand bruit et tout restait clos et obscur jusqu'à l’année suivante. A l'endroit où s'étend aujourd'hui la dune de Saint-Efflam, voisine de la lieue de grève, était jadis une ville puissante ; ses flottes couvraient la mer et elle était gouvernée par un roi ayant pour sceptre une baguette de noisetier, avec laquelle il changeait toute chose selon son désir. Mais la ville et le roi furent damnés pour leurs crimes, si bien qu'un jour, par l'ordre de Dieu, les

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