LES HANTISES DES DUNES
Et dimanche,
Et lundi!
Les fées en furent si ravies que, pour la remercier, elles lui enlevèrent sa bosse !.
Tout près du bourg d’Ars-en-Ré s'élèvent des dunes, hautes parfois d'une quinzaine de mètres ; c'est sur leurs sommets, appelés les Peux ou Puys (monticules) de la Combe à l’eau, que résidaient jadis les Fois, petits hommes miruscules comme les Fions des grottes de la Haute- Bretagne ; on croyait encore, il y a une trentaine d'années, à leur existence, et les restes d'habitations, les pierres calcinées que l’on rencontrait en remuant les sables passaient pour les débris de leurs demeures?, À Audierne les Corriks, auxquels on attribue la construction des dolmens, habitaient les dunes, aussi bien que les landes à,
Des lutins s’amusaient à étaler sur les « mielles » de la baie de Saint-Malo des objets qui brillaient comme de l'or et ressemblaient à des pièces frappées ; si on s’approchait pour les ramasser, on ne voyait plus que de simples coquilles“. Aux environs du Cap Sizun des lulins, différents des Corriks, se promenaient le soir sur les landes et sur les dunes en prenant l'apparence de feux errants. Si quelqu'un avait l’imprudence de les appeler, ils accouraient aussitôt pour se battre avec lui. A Kelaourou, en face de l'île de Sein, les Begou-Noz sont des feux qui voltigent et parlent ; mais ils répètent toujours les paroles qu’ils entendent *.
Les dunes de Normandie sont aussi hantées par des êtres surnaturels. Les muletiers qui traversaient celles de la Manche rencontraient le Moine trompeur, qui assis sur une pierre, montrait des piles d’or et proposait au passant de lui jouer son âme; il avait des cartes qui gagnaient toujoursf. À Carteret était un esprit qu'on appelait le Criard. La veille de quelque tempête, un homme dont personne n’a jamais vu le visage, enveloppé d'un manteau brun, et monté sur le dos nu d’un cheval noir, à tous crins, parcourait les mielles et les rochers, en les emplissant de cris sinistres. Ni sable mouvant ni varech glissant, ni fosse d’eau, ni pic de rochers n’arrêtaient le vagabondage rapide de cet homme et de son cheval noir, dont les fers, rouges comme s'ils sortaient d’une forge infernale, ne s’éleignaient pas dans l’eau qui grésillait et qui fumait noircie, longtemps après qu'ils l'avaient traversée 7,
. E. Herpin. La côte d'Emeraude, p. 183-186.
. Daniel Bellet, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 109.
. H. Le Carguet. L'occupation néolithique du Cap Sizun, p. 16.
. Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. I, p. 278.
. H. Le Carguet, in Rev. des Trad, pop., t. VI, p. 656.
. E. Souvestre. Les Derniers paysans, p. 79.
. Barbey d'Aurevilly. Une vieille maîtresse. Paris, 1858, in-12, p. 233-234,
1 ©t à © NN >
Près de Saint-Jacut, (Côtes-du-Nord) un âne rouge, qui n’était autre qu'un ancien seigneur mélamorphosé pour ses méfaits, se promenait sur les miélles. Les muletiers réencontraient sur les dunes de Normandie, la mule d'égarement qui se laisse monter par le premier venu, puis disparait pour toujours avec lui, et ils entendaient le grelot maudit tinter audessus des vagues et entraînant le voyageur aux abimes .
Lés habitants de l'ile d’Arz voient quelquéfois de grandes femmes blanches, venues du continent ou des iles voisines en marchant sur les eaux, s'asseoir sur le rivage; tristes et penchées, elles creusent le sable avec leurs pieds nus, ou effeuillent les branches de romarin qu’elles ont cuëillies sur la dune. Ce sont les filles de l'île qui, mariées ailleurs et mortes dans le péche, loin du sol natal, y réviennent pour demander des prières à leurs parents?. Les « mielles » de Saint-Cast, où se livra la bataille de 1758, sont le théâtre de diverses apparitions : des feux, des lances brillantes se montrent près de la Cassiére des damnés où des Anglais ont été enterrés, et un prêtre, ancien recteur du village, s'y promenait autrefois en chantant*. À Noirmoutier une procession des morts, si longue qu'elle s'étend parfois d'un village à l'autre, a lieu dans les dunes, la nuit de la Toussaint, et l’on assure que la mère qui a trop pleuré son enfant le voit en arrière de la foule, portant une lourde crüuche remplie des larmes qu'elle a versées ; quel-
quefois le retardataire est un enfant mort sans baptême *.
Les étangs qué l’on voit au bord de la mer, au milieu des sables, si nombreux sur le littoral de la Gascogne et sur celui du Languedoc, ne paraissent pas être l'objet de traditions : la seule qui ait été recueillie jusqu'ici se rapporte à l’origine de l'étang de Moyzan, dans les Landes. Lorsque en 1578, on eut creusé une nouvelle passe pour y faire couler l'Adour, et meltre Bayonne en communication plus directe avec la mer, on prévint les capitaines des navires que la passe du Boucau allait être bouchée : ils se hâlèrent de la quitter, sauf le capitaine du Moytan, dont l'entêtement était proverbial ; il resta, mais les sables en s'amoncelant devant et derrière Son navire, formèrent un élang. Le capitaine resta seul à bord, atténdant que la passe se rouvre; peu à peu les tarets rongèrent la coque de son bateau, qui un jour s'abima ; mais les viéux pêcheurs prétendirent que le capitaine, ayant fait un pacte avec le diable, s'était sauvé par dessus les sables *.
Les mares des parties basses des dunes de Noirmoutier, où flottent
. E. Souvestre, Les Derniers paysans, p. 19.
. E. Souvestre. Les Derniers Brelons, t, 1, p. 122.
. Paul Sébillot. Trad. el superslitions, t. 1, p. 222,
. Dr Viaud Grañdmarais, in Le Chercheur de l'Ouest, mai 1901. . Gaston Constant, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 361,