LES FÉES DES GROTTTES EN BASSE-BRETAGNE
lui fit signe d'approcher, et lui remit sa quenouille, en lui disant qu'elle
en tirerait des avantages, à condilion de ne dire à personne comment
elle se l'était procurée. La bonne femme le promit, et, de retour à la maison, elle fila pendant des mois; la quenouille ne diminuait point, et à mesure que son fil était filé, elle le vendait. Elle aurait bientôt fait fortane, mais la langue lui démangeait de raconter son aventure. Un Jour qu’une voisine lui demandait comment elle S'y prenait pour avoir de si beau fil, elle lui dit qu'elle le tenait de la fée de la Mer. À l'instant même la quenouille s'épuisa, et tout l'argent qu'elle avait gagné disparul. Une autre caverne, appelée T'oul ar Groac'h, le Trou de la fée, à Loguivy-Ploubazlanec, pays peu éloigné du Port-Blanc, était aussi la résidence de fées, qui n'avaient pas la réputation d'être bienveillantes ; on m'a raconté en 1875, lors d’un séjour dans cette région, que moins de trente ans auparavant, les pêcheurs, plutôt que de passer devant à pied, en revenant au village, retournaient leur bateau sur la grève, et se couchaient dessous en attendant la marée; mais le pouvoir de ces dames ne s'étendait pas, semble-t-il, sur les femmes: si celles de Loguivy venaient à la rencontre de leurs hommes, ils n'avaient rien à craindre en passant devant Toul ar Groac’h'. Des « Mary Morgan » vivent encore dans une grotte près de Crozon, souvent inaccessible à cause de la mer. Un seigneur du voisinage, désolé de ne pas avoir d’enfant, vit un soir sur le chemin de son château une mignonne fillette abandonnée dans un panier de jonc. Il l'emporta à son logis, et sa femme et lui l'élevèrent comme si elle eût été leur fille. Mais c'était une Mary Morgan : bien souvent, la nuit, l'enfant disparaissait du ber-
ceau où on l'avait couchée, sans que l’on pût savoir ce qu'elle était
devenue. Lorsqu'elle fut grande, on entendit souvent, le soir, dans la cour du château le pas d'un cheval: c’était un « folgoat » qui appelait la Mary Morgan. On voyait une lumière éblouissante ; c'était la jeune
fille qui répondait à cet appel ; elle s’en allait et était quelquefois absente pendant des semaines. Ceux qui l'avaient élevée essayèrent en vain de la retenir, elle les quittait, et un jour elle ne revint plus. Les gens du pays assurent qu'elle est encore dans cette grotte, la dernière qui soit la demeure des Mary Morgan?.
Dans la baie de Yaudet en Ploulec'h, sur les bords dc ‘a Manche bretonnante, tout le monde parlait autrefois d'une grotte peu profonde où se trouvait, non une fée, mais une princesse qui y avait été enchantée avec d'immenses trésors. Elle doit rester endormie jusqu'au jour où un célibataire, inaccessible à Ja Peur, Sera venu la délivrer. 11 faut
1. Paul Sébillot, Légendes de La Mer, t. I, p. 239-240. Groac'h vor — fée ou vieille de la mer. :