À. Clouart et G. Brault. Tro-Breiz, p
196 LES GROTÏES MARINES
en divers pays. C'est en raison de leur dispersion qu'au lieu de les placer dans l'ordre géographique, je les réunis par affinités de sujets.
Il est assez rare que des saints aient habité ces grottes ; pourtant une tradition ancienne rapporte que saint Maudez, quand tout le monde dormait au couvent établi dans l’île qui porle son nom au pays de Tréguier, se rendait au bord de la mer, dans une caverne connue de lui seul, qu'on appelait Guele Sant Modez, lit de saint Maudez'; il s’y dépouillait de son froc, el se couchait sur la pierre humide, couverte de quelques herbes sèches. Un jour il ne parut pas à la prière du matin, et les moines firent pour le retrouver des recherches inutiles. Cent ans après sa disparition, un pêcheur naufragé fut jeté par les flots en fureur dans la grotte, où il vit le cadavre parfaitement conservé d'un moine ; quand on l’eut transporté au monastère, on reconnut à son anneau Île saint abbé Maudez. Chaque année, à l'époque du pardon, de nombreux pèlerins vont visiter la caverne et y prient pour obtenir la guérison des douleurs : Le malade se couche sur les pierres qui servaient de lit au saint, dans la persuasion qu'il s'en retournera guéri?. Une caverne de Noirmoutier se nomme la grotte de Saint-Filbert, parce que ce saint personnage aimait à y venir prier, mais on ne connail rien de plus *. À Plougrescant, lors du pèlerinage à saint Goneri, quelques fidèles visitent une grotte creusée dans un rocher qu'entoure chaque jour là marée, et que, suivant la tradition, le saint habita ; on montre à côté une autre cavité qui lui servait d'étable*.
Des grottes de l'Océan, en Bretagne et en Saintonge avaient été la demeure d'êtres fantastiques : à Carnac, Collé Porh en Dro vivait dans une houle profonde, maintenant détruite par les flots ; il se plaisait à jouer des tours aux gens du voisinage, et se montrait à eux, tantôl sous l'aspect d'un géant, tantôt sous celui d’un poisson de belle apparence qui se laissait prendre dans les filets ; lorsque les pècheurs avaient tiré leur capture à terre, il devenait homme, et s'enfuyait à toutes jambes vers sa retraite, en riant aux éclats”.
D'après une légende dont quelques parties sont arrangées, une sorte de monstre qu’on appelait Rô résidait parfois dans les grottes de la côte saintongeaise. [l avait des formes animales, mais une intelligence presque humaine. Il faisait sa nourriture des êtres de la région, surtout des hommes auxquels il tendait des pièges. Il répandait la terreur dans tout le voisinage, et nul n'osait s'attaquer à lui. La côte était d’ailleurs
. Albert Le Grand. Vies des saints de Bretagne, Saint Maudez, $ 6. . Elvire de Cerny. Contes el Légendes de Brelagne, p. 19-20.
. Dr Viaud-Grand-Marais. Guide à Noirmoutier, p. 93.
. Guillotin de Corson, in Rev. de Brelagne, sept. 1902, p. 112.
. I. Buléon, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. 276-281.
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