‹ Le folk-lore de FranceChapitre 86 sur 403 · LES DRAGONS · texte numérisé non relu

LES DRAGONS

couverte de forêts impénétrables où il trouvait de sûres retraites, ainsi que dans les cavernes creusées en forme de puits au milieu desrochersde la côte.Les flots amenèrent unjour une barque montée par sept guerriers idolâtres. A leur vue la bête recula, en regardantsesadversaires, jusqu'au moment où elle se trouva acculée au pont de la Pierre. Les sept flèches l'atteignirent, deux lui percèrent les yeux, deuxautreslesoreilles,deux se logèrent dans les narines le septième vint clouer les lèvres de la bête qui, furieuse de son impuissance, se mit à pousser d’effroyables hurlements. On voyait encore, il y a un certain nombre d’années sur la pointe du Chai, sept pierres de granit disposées en forme de cercle autour d’une cavité arrondie dont on ne connaissait pas la profondeur. Ces pierres servirent de sièges de justice aux sept guerriers. L'animal RÔ, privé de tous ses sens, fut contraint par ses juges de se refugier dans cette profondeur insondable et fut condamné par eux à demeurer là jusqu'à la fin des temps. Quand Rô hurle versle nord,Maumussoan est bouleversé, quand il'envoie vers le nord ses cris de rage, c'est le gouffre de Chevarache dans le Pertuis breton, qui soulève les vagues profondes".

Certaines grottes avaient été la retraite de dragons, disparus depuis longtemps, mais dont on montrait encore les traces ; sur la côte bretonne quelques-unes avaient conservé la forme de ceux qui s’y réfugiaient autrefois?: en face du Guéodet, à l'embouchure du Léger, on disait qu’une excavation avait caché le dragon dont saint Thuriau débarrassa le pays en le noyant. A Saint-Suliac (Ille-et-Vilaine) on appelait Trou du serpent ou de la Guivre, une caverne qui se trouvait près de l'endroit où saint Suliac avait précipité un serpent qui déchirait le sein d’un de ses moines, en punition de sa gourmandise. Jusqu'en 1793, le clergé de la paroisse venait, l'un des jours des Rogations, plonger par trois fois dans la grotte le pied de la grand’croix d'argent *.

La teinte sanguinolente des parois d’une houle des environs de Granville est la marque du sang des victimes qu'un dragon y à dévorées autrefois* ; la végétation, qui a l'aspect et la couleur du sang désséché dans le Trou Baligan, sous la falaise du Nez de Flamanville, a la même origine.Cette caverne a été le repaire d'un serpent gigantesque, qui en sortait de temps en temps pour s'emparer des enfants qu'il emportait dans son antre où il les dévorait. La bête faisait tant de ravages que les habitants, désespérés, se décidèrent, pour faire sa part au monstre, à lui abandonner chaque semaine un enfant désigné par le sort. Saint Germain de La Rouelle en délivra le pays ; il porta un coup

1. G. Musset. La Charente-Inférieure avant l'histoire, p. 136.

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