S 3. LES VASES ET LA GRÈVE
Il est assez remarquable que les vases engloutissantes et les sables mouvants qui existent sur bien des points du littoral, soient l’objet d'un petit nombre de traditions. Relativement à leur origine, je connais un seul récit que l’un des auteurs de 7r0-Breiz dit avoir recueilli à Vannes. Lorsque saint Vincent Ferrier eut converti les Vannetais, il voulut aller porter | Evangile en d’autres pays : comme il n'y avait pas de port à celte époque, il s’avança sur la plage pour gagner le bateau, mais soudain le fond de sable céda sous ses pas ; il venait de se transformer en vase ; le saint continua sa route, mais voyant qu'il allait s'enliser, et que Dieu sans doute s’opposait à son départ, il regagna le rivage. C'est depuis ce Lemps que la rivière et toute la baie de Vannes sont remplies de vase limoneuse?.
Voici, sur les grèves engloutissantes, quelques légendes, dont les deux premières sont fortement teintées de romantisme. Le soir, à la marée montante, on voit la dame blanche des vases qui promène Sur les tangues mobiles du Mont Saint-Michel son corps de fée ; c’est elle qui prend dans ses bras couleur de flot les voyageurs en péril de mer, et se laisse glisser avec eux dans le goulfre des sables mouvants*. Au musée de Dieppe un dessin, signé Huart, qui parait remonter à une soixantaine d'années, est accompagné d'une pancarte écrite à la main, qui en explique ainsi le sujet: Un cavalier demeurait immobile sur son cheval devant le cercueil de sa fiancée; tout à couple vent éleint les cierges qui brülaient auprès, le cheval se cabre, le chevalier se sent enveloppé d'un grand froid qui le glace, et il entend une voix qui lui dit faiblement : « Viens ». Le cheval détale aussitôt à une allure fantastique, et bientôt il arrive sur les grèves. Tout-à-coup il fait un soubresaut : son pied a glissé sur une partie plus molle de la vase, et cheval et cavalier y disparaissent. Son âme avait rejoint celle de sa fiancée, et loutes deux se rencontrent, dit-on, chaque année, au rendezvous que se donnent les trépassés, le premier novembre, dans les brumes du Mont Saint-Michel*. Maintenant les gens de l'embouchure du Couesnon disent que le 2 novembre un brouillard blanc se lève à la tombée de la nuit. Il est composé des âmes des malheureux enlisés