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LES NOYÉS CRIEURS

de la côte trécorroise, surtout la nuit de la Toussaint'. Dans le Val de Saire (Manche) on évite d'aller cette nuit-là, sur le bord de la mer, parce que l'on y verrait, gesticulant sur les rochers, les fantômes des marins noyés qui viennent demander des prières?. À Aurigny, les pêcheurs entendent parfois dans la baie de Soye des plaintes qui semblent partir de l'endroit où fut, dit-on, enterré vivant, il y a bien des années, un naufragé espagnol ?.

Bien que leurs cris soient importuns, plusieurs de ces âmes én peine semblent avoir de bonnes intentions à l'égard des vivants, et tout en implorant un peu de terre sainte ou des prières, elles Îles avertissent de prendre garde au mauvais temps. A la fin du XVII siècle, les portes des maisons de l'ile de Sein ne se fermaient qu'aux approches de la tempête ; des feux follets, des sifflements l’annoncaient. Quand on entendait ce murmure éloigné qui précède l'orage, les anciens s’écriaient : « Fermons les portes, écoutez les Crierien, le tourbillon les suit ». Ces Crierien étaient les ombres des naufragés qui demandaient la sépulture‘. Dans la région du Cap Sizun, en face de l'ile, on dit actuellement que les noyés adoptent un cantonnement, où ils crient le soir et le matin, surtout quand le temps est menacant. Ce sont les Chouerien, les Crieurs. Ils font quelquefois si grand tapage qu'on ne peut pas habiter près de ce lieu. Il sont invisibles ; parfois cependant ils prennent l'apparence de naufragés. Les Chouerien-Porzen se trouvent dans une petite crique au sud-ouest de Lescoff, près du sémaphore de la pointe du Raz. On a compris quelquefois leurs cris: « Ho! la! la! tenna ar bagou da séc'ha! Ho! la! la! tirez les bateaux au sec ! » Bon conseil à l'approche de la tempête ! On les a vus quelquefois monter la falaise : ils sont sept marchant toujours à la file. Ils ne font pas de mal, mais assourdissent ÿ. La nuit, les damnés’qui habitaient le gouffre de Belangenet près de Clohars (Finistère), creusé par le Diable pour y noyer les âmes des méchants, faisaient entendre des rugissements continuelsÿ.

Dans la Braye du Valle des espèces de ponts, formés de blocs grossiers entassés, sont très dangereux à cause des goémons qui sy sont attachés et qui les rendent glissants, et aussi à cause de la rapidité de [a marée qui vient les recouvrir. Les fantômes de ceux qui y ont péri les hantent. Le plus redouté de ces entassements de rochers se nomme le « Pont Saint-Michel»; la nuit le Feu bellenger semble danser sur les sables et glisser sous lui, et même en plein jour, lorsque le soleil est Le

. G. Le Calvez, in Rev. des Trad. pop., t. IT, p. 50.

. Comm. de M. Louis Quesneville.

. Louisa Lane Clarke. Folk-lore of Guernsey, p. 109.

. Cambry, Voyage dans le Finistère, p. 290.

. H. Le Carguet, in Rev. des Trad. pop., À. VI, p. 656, . La France maritime, t. I, p. 384,

plus brillant, des cris de détresse qui n’ont rien d'humain se font entendre!.

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