À. LES PILLEURS DE MER
Au moyen âge, les débris du navire qui faisait naufrage appartenaient au seigneur de la côte sur laquelle ils étaient jetés : c'est ce qu'on appelait Le droit de bris. Un comte de Léon disait qu'il avait dans ses domaines une pierre plus précieuse que toutes celles de l'univers ; il parlait de la pointe du Raz. Une ordonnance de 1681 abolit ce droit barbare dans toute la France : mais elle ne put détruire complètement les habitudes de pillage qu'une longue accoutumance avait fini par
faire considérer comme légilimes. La mer, disait un proverbe breton, est une vache qui met bas pour nous. Au commencement du siècle dernier, un paysan devenu recteur avouait que la nouvelle d’un bris lui faisait, malgré lui, bondir le cœur de joie *.
Sur la côte du Finistère on faisait des prières pour avoir des naufrages, et les pilleurs remerciaient la Vierge de leur avoir envoyé un pillage fructueux. Les gens d'Ouessant assuraient que leurs voisins de l'ile Molène, qui s’en défendaient au reste, adressaient à leurs saints l’oraison suivante :
Itroun Varia-Molenez
Digassit pense d'am enez,
Ha c'houi, aotrou sant Renan, Na zigassit ket evit unan, Digassil evit daou pe tri,
Evit m'hen devezo lod peb-hini.
Madame Marie de Molène — À mon île envoyez naufrage, — Et vous, monsieur saint Renan — N’en envoyez pas un seulement — Envoyez-en deux, trois, plutôt, — Pour que chacun en ait un morceau 5, D'après une