CHAPITRE VI
Quelques Cuuiosiths.
Cathédrale de Chartres.
|OUs ne saurions analyser toutes les beauté^s de la basilique chartraine, un des chefs-d'œuvre de l'architecture du moyen âge où s'allient le plus heureusement le style roman et le style ogival. On ne se lasse point d'admirer la grandeur de la conception générale, les proportions majestueuses et harmonieuses des nefs, la hardiessse des piliers, la ciselure et la sculpture des portails, de la clôture du chœur et surtout de l'un dc^ clochers.
Aussi les fantaisistes qui revent d'une cathédrale idéale n'ont-ils pas omis le clocher
33^ FQLK-LOR5 PE l-A BEAUCE
chartrain dans le proverbe bien connu :
Clocher de Chartres, nef d'Amiens, Chœur de Beauvais, portail de Reims.
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Il existe, dans la nef une sorte de labyrinthe en pierre bleue de Senlis que les Chartrains appellent la Lieue, bien qu'il n'ait que sept cent soixante-huit pieds de développement ; il ressemble à ces carrelages dont ridée appartient aux Egyptiens.
Au-dessus du labyrinthe, une dalle porte l'empreinte d'un anneau; cette empreinte, imitant un fer à cheval, doit à la légende populaire suivante la curiosité dont elle est l'objet : Elle aurait été produite par le pied du cheval d'un cavalier audacieux voulant pénétrer dans le sanctuaire. A la voûte, juste au-dessus, est peinte en rouge une croix de Malte : c'est une goutte de sang qui aurait jailli du pied du cheval. Peut-être ces signes indiquent-ils simplement que là commençait la nef centrale delà précédente cathédrale.
ET DU PERÔHE 337
D'après une autre version légendaire, ce cavalier serait Henri IV. Lors de son entrée solennelle dans la basilique, son cheval aurait fait un écart et le fer se serait imprimé dans la dalle.
Origine du Guet et du Tocsin à Notre-Dame de Chartres,
(Extrait d'un ouvrage du XVIIc siècle).
« Si Londres a ses watchman, Chartres a ses veilleurs de nuit et de jour ; si le nom diffère, le but est le même : étant la ville et cité de Chartres et ses environs, presque sans exception, construits en pans de bois et recouverts en chaume, vous comprendrez que de telles localités appellent comme d'elles-mêmes les incendies et leurs affreux sinistres ; aussi devers 1262, Messieurs du Chapitre demandèrent à Philippe-le-Hardî, fils de Louis-le-Saint, neuvième du nom, et en obtinrent d'être autorisés à faire monter et entretenir une horloge dont le timbre pût être entendu de toute la ville et dût servir,
placé en haut lieu qu'il serait, à l'indication de l'heure tout d'abord et au tocque-seing ou, si mieux aimez, tocsin d'alarme. Puis il fut décidé qu'à l'avenir il serait veillé par deux hommes, tant de nuit que de jour, aux frais du Chapitre, et qu'il y aurait un coup de cloche, dit coup du guet, donné après chaque heure ; ceci pour apprendre à tous et donner garantie de la part du veilleur qu'il était des yeux incessamment ouverts sur toute la campagne, et que les citadins et autres pouvaient en pleine paix et sécurité vaquer à leurs affaires, plaisirs ou sommeil. « Ce ser\'ice de surveillance fut complété par une ordonnance capitulaire du Chapitre de Chartres (il janvier 1783) qui institua et prescrivit en ces termes ironiques, le guet du clocher de la cathédrale :
'c Un tube au bec et les yeux semi-clos,
« Quand la ville est en feu, baille un cri de : Repos, »
Ce Re-pos, bien scandé par le veilleur, les chartrains l'ont entendu jusqu'en 1872 ou 1873. Et ce cri nocturne, grossi par un énorme p )rtc-voix, les surprit et les effraya
plus souvent, en traversant quelque rue sombre et déserte, qu'il ne les tranquillisa pendant leur sommeil.
La Foire de mai, à Chartres, a été autorisée « par patente du mois de may mil cinq cens huictante huit (1588), par Sa Majesté Henri 1II« » en reconnaissance de l'asile qu'il avait trouvé à Chartres pendant la Ligue.
Cette foire est appelée Foire des barricades en souvenir de la journée du 13 mai 1588, à Paris, dite fournée des barricades.
Dans le baillage de Chartres, en 1722, défense est faite à toute personne de tenir jeux et faire danses balladoires publiques ; en 1743, même défense est faite aux habitants de Lucé pour le jour de la fête patronale.
En 1768, défense de faire des charivaris lors des mariages, ou de porter des rôties aux mariés devant la porte des églises.
Dans le département d'Eure-et-Loir, on faisait autrefois pour les étrennes de petits gâteaux, appelés coquelins, qui représentaient des figures de cavaliers et d'animaux.
Aujourd'hui encore, à Chartres, on les appelle par altération cochelins. Dans certaines parties de la Beauce, on donne aux échaudés le nom de coquelins ou coquelins.
La réputation des Pâtés de Chartres date de 1758. C'est à un nommé Philippe, cuisinier du duc d'Orléans, qui vint s'établir à Chartres qu'est due leur renommée. Les mauvais plaisants disaient à ce sujet, que les Chartrains connaissaient mieux les macédoines de Phi^ lippe ^ que Philippe de Macédoine,
La chasse au filet ou au traîneau se pratiquait autrefois beaucoup en Beauce ; on y prenait surtout, avec l'alouette, le pluvier
doré et le pluvier guignard, au moment de leur passage périodique. La chair de ces oiseaux était très recherchée et on TofFrait en présent aux rois et aux princes qui visitaient la cité chartraine. C'est à la chair délicate de ces oiseaux qu'est due la renommée des Pâtés de Chartres.
Ces oiseaux ont, hélas ! disparu de la Beauce et, avec eux, la renommée des Pâtés
de Chartres.
Non loin de Pithivers, au château du Huilier y vécut Marie Touchet que Charles IX visitait parfois, à l'insu de Catherine. Une tradition locale rapporte qu'une nuit, en chevauchant dans la forêt d'Orléans, avec deux écuyers, il fut surpris par une bande de calvinistes qui lui offrirent de l'hydromel et les restes d'un pâté, qu'il trouva délicieux ; après quoi ils le laissèrent aller à ses amours. Charles IX parla souvent de ce pâté et en vanta le mérite : c'est de là, dit-on, que vient la réputation des pâtés de Pithiviers.
La croix de LouviUe (i).
Entre Louville et Ouarville (E.-L.) se dressait jadis une croix de pierre, appelée Croix des Amis, parce que chaque année les habitants des deux villages devaient s'y rencontrer au jour des Rogations, et que tous ceux qui avaient quelques griefs entre eux étaient tenus de les oublier et de s'embrasser dans les dispositions d'une réconciliation sincère.
L'Origine de La Loupe,
L'origine de la petite ville de La Loupe (E.-L.) ne remonte pas au delà de la fin du XIII« siècle. Jadis, il n'y avait en cet endroit qu'un château enfoui au milieu des bois, et
(i) Li Cloche de Louville ^ par A. Dcrvillc, (Blériot et Gautier, Paris, in-i2.^
près d'un chêne gigantesque, point central où convergeaient tous les sentiers.
Ce chêne séculaire était remarquable par une excroissance énorme ; elle aurait donné son nom à La Loupe : « Quercus de Lupa. »
Fin.