‹ Le folk-lore de la Beauce et du PercheChapitre 23 sur 31 · DIVERS · texte numérisé non relu

DIVERS

S'il pleut le premier jour des Rogations,

La fenaison sera humide ;

S'il pleut le deuxième jour,

Le blé sera mouillé ;

S'il pleut le troisième jour.

Les vendanges seront pluvieuses.

L'hiver est dans un bissac ;

S'il n'est pas d'un bout, il est de l'autre.

Quand il pleut le jour de sainte Monique,

Il ne faut ni tonneau, ni pipe.

Quand il pleut le jour de sainte Opportune,

Il n'y a ni guigne, ni prune.

3l8 FOLK-LORE DE LA BEAUCE ET DU PERCHE

— A la Saint-Simon,

Fruit du meslicr est bon.

— A la Saint-Simon,

Une mouche vaut un pigeon.

— A la Saint- Vallier,

La charrue sous le poirier.

— A la Saint-Mathieu.

Les jours aux nuits sont égaux,

— S'il vente le jour de N. D. des Neiges, Le grain se vendra cher.

La Brie, comme la Beauce, est une plaine fertile en céréales; mais les grosses terres argileuses de Brie, avec leur sous-sol imperméable, supportent plus facilement que nos terres légères la température inclémente.

De là ce proverbe, né dans une année de sécheresse :

Qjjand la Beauce pleure, La Brie rit.

^m^wt^M^

§ VL — Proverbes divers. — Dictons,

On dit au sujet du sommeil :

— Renard qui dort ne prend pas de poule.

— Homme endormi, Corps enseveli.

— Homme fin Se lève matin.

— Lever à cinq, dîner à neuf, Souper à cinq, coucher à neuf.

Font vivre l'homme dix fois neuf.

Au sujet des défauts :

— Un vice coûte plus à nourrir que deux en-

fants.

— Les gourmands

Font leur fosse avec leurs dents.

Au sujet de V oisiveté :

— Fainéantise va si lentement

Que pauvreté Tatteint promptement .

— La faim regarde à la porte du travailleur, Mais ne franchit jamais sa demeure.

Au sujet de la négligence :

— Faute d'un clou, on perd le fer.

Faute d'un fer, on perd le cheval, Faute de cheval, le cavalier est perdu.

Au sujet du maître :

— L'œil du maître fait plus d'ouvrage que ses

deux mains.

Au sujet de V orgueil :

— L'orgueil déjeune avec l'abondance.

Dîne avec la pauvreté,

Soupe avec la honte.

Au sujet de la persévérance :

— A la longue, la goutte d'eau perce la pierre.

— Les petits coups font tomber les grands

chênes.

D'un homme lent :

— Il n'est pas de Saint- Jean-Bouillant .

D'une file qui a manqué à ses deifoirs :

— Elle a cassé son sabot.

D'un enfant qui pleure :

— Il rit comme on crie à Paris.

D*un homme serviablc, loyal :

— • Il est franc comme Vousier (osier).

D'un homme méfiant :

— On n'y emmanche pas les yeux comme un

hareng,

D*un homme maigre :

— Ce n'est pas la graisse de cochon qui l'em-

pêche de courir.

— Il est maigre comme les fesses d'un pauvre

homme,

Uun ivrogne :

— Il tête ben tout seul; on n'a pas besoin d'y mettre

le doigt dans la bouche comme aux viaux.

jyun gourmand :

— Il ferait sept lieues la goule ouverte pour

avoir de la galette.

D'un prodigue :

— Il est intéressé comme une poule qui va pondre en ville (chez les voisins).

T. îî 21

Divers,

— Elle est troussée comme un limas qui va aux fraises.

— C'est comme le Confiteor à la mère Catherine, ça va toujours en empirant.

— Il va de travers comme un chien qui s'en revient de vêpres.

— Il se r'dresse comme un villain (citadin) qui a avalé son parapluie.

— Si le ciel cheyait (tombait), y aurait bien des cailles de prises.

D'un remède douteux :

— Ça fera comme la bonne femme qui crachait au derrière de sa vache : si ça n*y fait pas de bien, ça n'y f ra pas de mal.

Sources de l'Eure et du Loir.

Bien que la source de l'Eure et celle du

- -LDir soient assez éloignées l'une de l'autre,

il existe une sorte de corrélftion entre les

crues de ces deux rivières ; de là ce dicton local :

Quand l'Eure à Chartres déborde, A Bonneval, jamais on n'aborde.

La Conie.

La Conie est un affluent du Loir, qui la reçoit à quelques lieues en amont de Châteaudun. Insensible aux crues d'hiver et à la sécheresse d'été, cette rivière, dont les eaux filtrent dans la tourbe comme au travers d'une éponge, est remarquable par l'intermittence de ses eaux.

Pendant une période de huit, dix et douze ans la rivière reste uniformément haute ou constamment basse. Ce phénomène a frappé l'esprit des populations riveraines qui croient y voir une influence d'abondance ou de stérilité ; de là ce dicton :

Conie haute, Année chère.

Le Puisei.

Le Puiset (c'est-à-dire petit puits) tire soi nom d'un grand nombre de puits qui se trou vent à cet endroit . Son château fut rasé pa Suger (sous Louis-le-Gros) pour punir de s; rébellion et de ses brigandages le baron Hu gués, seigneur dudit lieu.

Une des tours du vieux château se nom mait la tour de Boël ; au pied de cette tou existait encore, au commencement du XIX siècle, un réservoir alimenté par des filtration voisines. Son niveau variable (comme celu de la Conie) était pour les paysans un pronos tic certain de fertilité et conséquemment di prix du blé ; les marchands consultaient o signe hydroscopique. On disait :

Au Boël haut, Correspond le pain cher.

Maître Bruant, Veau baisse !

Ce dicton est bien connu dans les environs de Bonneval. Lorsqu'une personne interrogée par une autre ne veut pas répondre à la question, elle lui dit : « Maître Bruant, Tcau baisse î »

L'explication de cette réponse bizarre remonterait, d'après M. Ad. Lecocq, à 1665, année pluvieuse qui amena une inondation terrible dans la petite ville de Bonneval, située, comme l'indique son nom, dans une superbe vallée. La crue des eaux fut subite ; elles montèrent dans les bas quartiers jusqu*audessus du premier étage des maisons. La population s'était réfugiée sur les hauteurs; seuls Bruant et sa femme, fabricants de serge, étaient restés dans leur demeure. Les maisons s'écroulaient autour d'eux, minées par le torrent impétueux. La leur faisait entendre parfois des craquements sinistres. Réfugiés dans leur grenier, ces malheureux passèrent U nuit dans des angoisses terribles, attendant

la mort à chaque instant ; aussi formulaientils de nombreux actes de contrition. Bruant proposa enfin à sa femme de se faire mutuellement une confession in extremis.

Sur l'invitation de sa femme, Bruant commença par s'accuser d'une foule de peccadilles ; sa femme l'exhortait à ne rien omettre ; le pauvre mari répétait plusieurs fois les mêmes fautes légères lorsque l'éboulement d'une maison voisine lui fit avouer certaines infidélités conjugales que l'imminence de la mort arracha de sa gorge. Alors il embrassa sa femme avec effusion en lui demandant pardon.

Il engagea sa femme à l'imiter aussitôt ; mais, en personne avisée, la maîtresse Bruant courut à la lucarne du grenier et, constatant une légère diminution dans la hauteur de l'eau, elle s'écria : « Maître Bruant, l'eau baisse ! » Le mari, toujours à genoux, pressait sa femme de venir faire ses aveux. Feignant de ne pas entendre, celle-ci répétait :

« Maître Bruant, l'eau baisse î » Un fort craquement dans la charpente de la maison la décida à revenir et à commencer la confi-

dence. Les paroles sortaient entrecoupées, inarticulées. Puis se levant brusquement, elle courut de nouveau à la lucarne, espérant pouvoir en rester là de sa confession. Le mari l'appelait, mais elle criait : « Maître Bruant, Teau baisse encore ! l'eau baisse toujours ! » Des voix se firent entendre, des voisins, au petit jour, venaient au secours des malheureux désespérés et la confession de la maîtresse Bruant ne fut pas achevée.

La Chemise du Meunier,

La mouture du grain, en Beauce, se fait à l'aide des moulins à vent. On mélange au blé un peu de seigle : c'est la monée. Le meunier prélève sur les monées une certaine quantité de farine pour son salaire. La probité des meuniers est très suspecte si l'on en juge par le proverbe suivant : // n^y a rien de plus hardi que la chemise d'un meunier.

FOLK-LOItB DE LA BEAU CE

Les veaux de Brou.

Lorsqu'un homme s'est laissé fl par un autre, on lui applique ce Cl Pauvre gars, tu ressembles aux veaux di Il y a trois siècles que les habitant petite ville de Brou portent ce surn ne rappelle en rien le grand comm veaux fait à son marché hebdomadai

Voici, d'après M. F. Tesson, l'exf de ce proverbe : Trois jeunes gens geaient le diable en bourse, arrivèi jour à Brou ; ils parcoururent au; ville, proclamant dans tous les ca qu'ils étaient comédiens de Sa Majes de France et de Navarre. Ils vena Paris à Brou en ligne directe, expn donner aux habitants la primeur d'ui nouvelle, la représentation d'un mys tituié : La Fuite des Enfants sans argt

Une grange que leur avait prOtée teur du pays servait de théâtre. Les gens de Brou accoururent en foule. I

ET DU PERCHB 329

comédiens gardait la porte de la grange et recevait l'argent ; les deux autres, montés sur deux tabourets, raclaient du violon en attendant l'ouverture de la séance. Quand la grange fut pleine, nos trois amis en fermèrent simplement la porte à double tour, mirent la clé dans la poche, sans oublier bien entendu le montant de la recette, et détalèrent au plus vite, moins bruyamment qu'ils n'étaient venus.

A une lieue de Brou, ils avisèrent un bonhomme qui se rendait à la ville et lui dirent :

— Mon brave, à notre départ de Brou, nous avons emporté par mégarde la clé d'une grange qui renferme quantité de veaux.

Voulez-vous vous en charger et la remettre à qui de droit.

— Volontiers, volontiers.

Cela dit, les trois filous continuèrent leur route, et une heure après, le bonhomme à la clé était devant la grange indiquée. Il régnait au dedans un effroyable tumulte. C'étaient des cris, des plaintes, des trépignements, des menaces ; ce brouhaha ressemblait assez aux beuglements d'un troupeau de veaux.

3 30 lOLK-LORE DE LA BEAUCE ET DU PEBCHE

Intrigué de ce tapage, le bonhomme se décide à ouvrir. Un flot d'êtres hmnains, hommes, femmes, enfants, se précipita par l'ouverture comme une avalanche. Le bonhomme fut roué de coups par le peuple furieux qui le prit pour un complice des trois larrons.

Cest de ce jour que les habitants du pays, ainsi bafoués, reçurent le sobriquet de Veaux (le Brou.

§ Vn. — Préceptes.

— Celui qui ruine son fermier ruine sa terre.

— Deux clefs sous la porte mettent une ferme à l'envers.

— Quand tu affermes, impose cette concondition : Le tiers des terres en labour sera mis en prairies,

— Ne va aux foires et marchés que pour tes affaires ; il y aura toujours assez de fainéants, d'ivrognes et de gourmands sans toi.

— Le premier épargné est le premier gagné. On n'est pas toujours sûr de gagner ; mais on tient ce qu'on épargne.

— Une poignée de paille donne une poignée de fumier qui donne une poignée de grains.

— Laboure bien, fume bien, n'épuise pas t«i terre, tu seras bon cultivateur.

— Soigne ta terre comme ton attelage, ne donne pas trop de charge.

— Tâche d'éviter les mauvaises herbes.

Elles sont de la famille des mauvais cultivateurs.

— Les prés nourrissent le bétail ; le bétail fournit le fumier ; le fumier donne le grain.

— Celui qui a moitié de ses terres labourables en prés excellents est un bon cultivateur. Il est encore bon, s'il en a le tiers : le quart n'est pas assez.

— Plâtre tes prés artificiels . Pour trente sous de plâtre tu auras douze cents de foin en sus de ta récolte habituelle.

— Ne sème pas en raison de la terre que tu as, mais du fumier que tu fais.

— Tu ne plantes jamais l'ail et les oignons deux années de suite dans le même carré ; pourquoi sèmes-tu donc plusieurs blés de suite dans ton champ ?

— Cultive de tout, parce que tout ne manque jamais à la fois.

— N'oublie pas la pomme de terre : c'est elle qui te nourrira dans la disette, et qui engraissera ton bétail, dans l'abondance.

— Nourris des bestiaux de plusieurs es-

pèces ; si l'un ne se vend pas, l'autre te fera de l'argent.

— Engraisse ton bétail avant de le vendre ; la graisse couvre les défauts.

— Il n'y a point de bonnes recettes pour les gourmands, les ivrognes et les fainéants.

Une bonne ménagère Qui bien agit dans sa sphère, Pour la ferme est un trésor ; Elle vaut son pesant d'or.

Jeune fille, pain frais, bois vert Mettent une ferme à désert.

Ip.:

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