‹ Le folk-lore des pêcheursChapitre 179 sur 281 · Revue des Trad. Pop. t. m, p · texte numérisé non relu

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2^) LES MŒUns A BORD ET LA PECHE

Mais lô poisson répond :

Pécheur, tu veux nous tromper, Mais, bien loin de t'écouter, Nous te fuirons, toi et ton bateau, Et nous resterons dans les flots.

En jetant leurs lignes à la mer, les pêcheurs disent à la boitte qui garnit leurs hameçons :

Boitte, n'aie pas peur des poissons Qui vont venir pour t'attraper, Car s'ils te mordent le moindrement, Je vais les manger à Tinstant.

Quand on mouille sur une basse pour pêcher des vieilles, on met un manço (solen) à l'hameçon pour servir d'amorce et on le jette à l'eau ; lorsqu'il a touché le fond, on le soulève un peu pour qu'il ne s'accroche pas aux cailloux, et l'on dit :

Vieille, attire-toi de dessous ta pierre, V'iens prendre ce morceau de manço Que je t'ai jeté dans la mer.

Tu peux le manger à ton gré, C'est pour toi qucje l'ai jeté.

COXJUnATIOXS, VŒUX ET OBSERVANCBS 241

Vieille, éors du troll où ta eS tAchée, Viens àUpt-ês de nos bateaux

Manger le manceau Que nous jetons dans l'eau (1).

Ces deux formulettes font partie de la catégorie assez nombreuse de celles que les pêcheurs adressent aux poissdns et qui appartiennent au genre que l'on poutrait appeler engageant. On en trouvera une série importante dans le t. ii, p. 265-276 de mes Traditions et superstitions, où ne figurent pas celles qui suivent :

Sur le fond de mer.

Mords, guitan ;

Viens avec nous dans un étang :

Tu seras plus heureux que sur ce banc.

Où tu es sans cesse attaqué,

Par les gros poissons de la ffié (met),

Brème et pironneau, Venez près de mon bateau.

Manger un plat de manceau Que je vous jette dans l'eau.

1. Paul SÉBiLLot. frad. et sup., t. ii, p. 247. Revue des Tràd. pop., t. m, p. 595.

A la pêche aux maquereaux, celui qui appâte dit, en jetant la première poignée à'affare :

Maquereaux, approchez de mon bateau :

J'ai pour vous dans mon seau Du chevrun et du manceau Que je vais vous jeter dans Teau, Tout auprès de mon bateau.

En lançant leurs lignes, les pêcheurs disent :

Maquereaux, mordez sur nos lignes, Vous allez voir notre bateau ainsi que la ville, La ville de Lamballe, Saint-Malo ou Dinan, Où vous serez portés par le cliVal des marchanës. Maquereaux et séchards, Remuez la mer avec vos nageoires

Pour venir dans mon affare, Je suis disposé à vous y recevoir ; Je vous jetterai du lançon Qui est bien frais et bien bon.

Ce sera pour vos enfants l.c nioillcuralimentqu'ilyait surtouscesbancs: Accourez donc, maquereaux ; Venez près de mon bateau.

CONJURATIONS, VŒfX ET OBSEHVANCES 2A3

A Cancale, les pêcheurs prennent les maquereaux à la ligne sans affarer (jeter de l'appât dans la mer auprès du bateau) et ils leur disent :

Maquereaux^ le vent est au Nord, Mordez sur nos lignes et sautez à bord.

On rencontre chez des peuples non-civilisés ou purement sauvages des coutumes analogues ; à la Nouvelle-Galles du Sud, les femmes indigènes engageaient les poissons à se laisser prendre ; dans chaque cabane de pêcheur canadien, au commen* cément du XVII« siècle, il y avait un individu qui était spécialement chargé de cet office.

A Madagascar la pêche de la baleine se faisait en chantant ; les pêcheurs conjuraient la baleine en cette sorte : « O baleine, ô baleine !.. donne-moi ton enfant...

donne-moi ton enfant, je te ferai présent d'argent, d*huile, etc. » Si la baleine après avoir été piquée, s'échappait, ils disaient que la mère de cette baleine n'était pas contente, puisqu'elle n'avait pas voulu

2^l4 LES MŒURS A BORD ET LA PECUÉ

donner un de ses enfants. Lorsqu'ils devenaient avec une baleine, ils disaient le contraire (1).

Les pêcheurs de Haute-Bretag-he qui vont poser les nasses ou casiers destinés à prendre les crustacés, disent à ce moment :

Homard, viens dans mes casiers Qui sont au proche des rochers, Manger les morceaut qu'y sont :

Tu te régaleras au fond.

J'ai mis ces morceaux pour toi, Mange-les donc encore une fois.

Vas -y bien hardiment, Sans avoir crainte en entrant ; Le poisson qu'y est te reçoit Au milieu de lui comme un roi, Tu le manges dans le casier, Sans avoir peur d'être attrapé; Mais méfie-toi en sortant D'être mangé par le sultan :

Je veux parler du congre vorace Qui te croque quand il t'attrape.

i. J. TfJCHMANN, in Mélusine. t. ii. col. 5G4. Max Leclerc, ibid. t. m. col. 205.

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