‹ Le folk-lore des pêcheursChapitre 196 sur 281 · Ch. Hercouet, in Revue des Trad. pop., t. IV, p · texte numérisé non relu

Ch. Hercouet, in Revue des Trad. pop., t. IV, p

malfaisants qui se vengeraient si on les faisait cuire. Les nègres d'Afrique évitent de prendre la bonite et Tépée ou empereur, qu'ils vénèrent; quand un empereur tombe entre leurs mains, ils lui coupent Tos qui a la forme d'épée, le font sécher, et il devient un fétiche (1) .

§ 10. — La Pêche a Pied.

Ce genre de pêche, qui est presque toujours individuel, ne semble pas être l'objet d'autant de superstitions et d'observances que la pêche en bateau. Il est vrai qu'il n*y a eu, en ce qui la regarde spécialement, qu'une seule enquête un peu approfondie et limitée au petit port de Saint- Cast (Gôtes-du-Nord) . Si Ton en juge par ce qui y a été recueilli, on peut supposer que si des recherches étaient faites en d'autres pays, elles apporteraient aussi un contingent assez considérable de formulettes, de conjurations et de menues observances.

1. Garnier, in Tour du Monde, t. xviii, p. 23, t. XVI, p. 22: Walckenaer, t. ix, p. 503.

Aux environs de Saint-Malo, avant d'aller à la pêche au chevruh, petit crustacé que Ton jette autour du bateau pour attirer le poisson, les chevronnoires mangeaient de la soupe au lait, puis elles en remplissaient une petite boîte de bois qui fermait à clé, et qu'elles plaçaient dans leur havenet. Quand elles arrivaient sur le lieu de pêche, elles disaient :

Ghevrun, viens dans mon havenet, 11 est rempli de soupe au lait.

Elles étaient persuadées qu'après avoir entendu ces paroles, le chevrun se hâtait d'accourir. Elles lui adressaient au reste les formulettes les plus engageantes :

Chevrun, viens donc dans notre havenet, Nous te donnerons du poulet.

Mais ne r'tourne pas dans la mé, Car tu y serais mangé.

Chevrun et manceau

Qui êtes la nourriture des maquereaux,

Sortez de l'eau.

Venez dans bateau.

Autrefois en Haute-Bretagne, les femmes qui allaient pêcher le manço (solen) portaient toujours dans leur poche une poignée de sel, et à l'entrée de chaque trou qu'elles voyaient, elles en plaçaient un grain. Le manço, sentant le sel, montait à la surface pour le manger et la pêcheuse le saisissait avec la main (1).

Certaines pêcheuses, pour avoir de la chance, faisaient bénir le petit crochet recourbé appelé mançotoué qui leur servait à piquer le solen dans la vase où il se cache. Une femme de mauvaise vie, ayant fait bénir le sien, prit un jour un gros poisson qui se mit à jeter de si grands cris que tous ceux qui étaient sur la grève en avaient peur. Le poisson ne resta pas longtemps captif : il s'élança dans la mer, où il disparut. Les vieux pêcheurs disaient que c'était le diable qui s'était ainsi transformé pour emporter la femme. Voici la formulette qu'on adresse au manço.

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