CHAPITRE V
On désigne en général sous ce nom la pêche à la morue et celle de la baleine qui sont faites, presque toujours à une assez grande distance des ports d'attache des bateaux, et par des bâtiments d'un fort tonnage.
§ 1. — Terre-Neuve.
Les environs de la grande île de Terre- Neuve sont depuis plus de deux siècles fréquentés par de véritables flottes de navires français, anglais, canadiens ou américains, qui viennent y pêcher la morue.
Il ne semble pas que l'on se soit occupé du folk-lore des pêcheurs anglais ou américains. Celui des pêcheurs français est un peu mieux connu.
La plupart de ceux-ci sont bretons, normands ou dunkerquois ; presque tous les
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terreneuTats de Bretagne sont originaires de la baie de Saint-Maloet de celle de Saint- Briëuc. Ils passent une moitié de l'année à bord des navires qui les conduisent rers les bancs où l'on pèche ; pendant les antres mois, qui correspondent à peu près à la fin de l'automne, à 1 lÛTer, et au commencement du printemps, ils restent dans leur village natal, oti ils font la petite pèche à bord de bateaux, en général d'un faible tonnage, et se livrent aussi à des travaux de culture. Il est même des Terreneuviers qui habitent à une certaine distance de la mer. et qui ne sont marins qae pendant leur campagne du Banc, où ils montent les goélettes de Saint-Pierre. En réalité ce sont des paysans- marins, comme au reste une partie de Téquipage des sardiniers du Finistère. Ce sont eux qui, pour se faire engager par les capitaines, se rendent à la foire aux Terreneuvats qu'on appelle aussi la Foire es Marins et qui se tient le premier lundi de décembre au Vieux Bourg. Elle ne commence guère avant dix heures et ne se prolonge pas
après quatre heures du soir. Tous les gars, au nombre d'environ deux mille,y arrivent en voiture avec leur famille. Ils viennent de Cancale et de Saint-Coulomb ; mais surtout des villages et des bourgs du canton de Châteauneuf, de Pleudihen, de Pleugueneuc, et de Dol. Tous ces gars étant destinés aux goélettes de Saint-Pierre, ce sont naturellement les patrons de celles-ci qui viennent à la foire pour les enrôler.
Quant aux équipages des navires qui se rendent au Banc pour la pêche, ils sont formés de pêcheurs de profession, et il n'est pas rare que tous les marins qui les montent soient recrutés dans le même village (1).
Lorsque ces marins ont reçu leurs avances, ils se livrent avant leur départ, à une gaieté bruyante, sous Tinfluence de copieuses libations. Voici un épisode assez curieux que je trouve dans un journal de Saint-Malo. Une année que les Tenreneuvats étaient en retard de vingt jours pour